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mardi 10 mars 2020

ASSE - Bordeaux, 1-1 (Bouanga)

Avec des milieux relayeurs


Même si la qualification en finale de la Coupe de France quelques jours plus tôt avait redonné aux Verts la confiance qui leur faisait défaut depuis un moment, ça n'a pas suffi pour qu'ils emportent enfin un match de championnat...


Un point de pris ou deux de perdus ? La réponse de Claude Puel lors de son analyse d'après-match est sans équivoque : "sur la physionomie du match, on a perdu deux points. Les belles occasions qu’on a eues malgré la débauche d’énergie consentie deux jours et demi plus tôt en Coupe montrent qu'on y est dans l'état d'esprit. On a réalisé un gros match avec de la qualité et de l’intensité. (...) On méritait beaucoup, beaucoup mieux. Bien sûr, ce nul n’a pas la saveur d’une victoire mais on est dans la continuité de notre match de Coupe".

En effet, ses protégés ont produit une bonne prestation, comme dans la semaine, en demi-finale de Coupe. Et même si l'approche tactique ne fait pas tout, elle a été très similaire lors de ces deux derniers matchs, ce qui ne peut pas être juste une coïncidence...


Système tactique


Contre Rennes en Coupe de France, le système utilisé a été un 4-3-3 / 4-1-4-1 :


Des défenseurs disciplinés tactiquement, surtout sur les côtés (là où Maçon, Palencia ou Trauco ont pêché par le passé). M'Vila en sentinelle, capable à la fois de solidifier le bloc équipe et d'être à la relance. Et deux autres milieux axiaux qui se placent entre les lignes adverses, d'où ils relayent le ballon vers les ailiers.


Et le même système a été reconduit contre Bordeaux, avec la présence de Aholou à la place de Cabaye (blessé) et de Boudebouz (héros en Coupe) à celle de Honorat, à l'aile droite :



Enfin, c'est le système de début de match pour l'ASSE, parce que les changements intervenus en 2MT  ne l'ont pas préservé :


Si l'entrée d'Abi à la place de Diony a été du poste pour poste, Nordin, après des longues semaines de blessure, a remplacé Aholou. Il a pris l'aile droite et les Verts sont passés en 4-2-3-1 / 4-4-2. Malheureusement, pas pour longtemps, parce que l'expulsion de Camara a obligé le staff stéphanois de revoir le bloc équipe :


Dioussé a remplacé Boudebouz et s'est placé à côté de M'Vila dans l'axe, les Verts passant ainsi en 4-4-1. Et ils ont résisté dans cette formule jusqu'à la fin, préservant le point du match nul - ou regrettant les occasions ratées plutôt dans le match, selon.


Relayer le ballon


Le 4-3-3 est un système tactique très classique et une de clés dans son animation est le milieu relayeur. Voici quelques exemples du rôle de ces milieux dans le match des Verts contre Bordeaux.

A la 12e minute, la jeune charnière stéphanoise se passe le ballon avec l'aide de Jessy Moulin :


Le trio du milieu se trouve plus haut sur le terrain, c'est à eux d'amener le ballon vers l'avant. Ils descendent tous d'un cran pour offrir des solutions à Saliba, qui porte le ballon :


Le bloc adverse, en (4)-4-2 se trouve haut, mais Saliba trouve Aholou, qui élimine son adversaire direct...


... et lance en profondeur Bouanga, qui frappe dans un angle fermé. Dans cet exemple, Aholou a servi de rampe de lancement en profondeur pour les attaquants.


Quelques minutes plus tard, la même relance dans la surface stéphanoise :


Même positionnement qu'auparavant pour les milieux, M'Vila qui aide à hauteur de la défense, les deux autres bien plus haut. Mais Camara décroche pour offrir une solution à Fofana...


... et joue à droite avec Debuchy avant de se projeter vite vers l'avant :


Debuchy joue avec Boudebouz, qui essaye de lancer Camara en profondeur à droite. Malheureusement, sa passe est interceptée. Dans cet exemple, Camara a participé à la construction avant de prendre la place d'un ailier.


Même pas une minute après, Debuchy joue une touche avec Boudebouz dans sa propre moitié :


Les deux joueurs s'échangent le ballon et Boudebouz part dans une série de dribbles dans le couloir droit, avant de repiquer vers l'axe...


... et décaler parfaitement Bouanga sur le côté opposé. L'ailier gauche stéphanois entre dans la surface et les solutions lui sont proposées par Diony, naturellement, mais aussi...


... par Aholou et Camara. Dans cet exemple qui correspond à la première grosse occasion des Verts, on voit bien l'apport offensif des deux milieux.


Les exemples précédentes nous montrent les plusieurs aspects du jeu offensif d'un milieu relayeur : aider sa défense à construire, servir de rampe de lancement, se projeter en attaque jusqu'à la surface adverse. Mais leur rôle le plus important en phase de possession du ballon reste... de relayer le ballon de la défense à l'attaque.

Comme par exemple à la 39e, quand le ballon circule entre les défenseurs, de Debuchy jusqu'à Saliba :


M'Vila et Camara se trouvent bas, en dehors du bloc adverse, pendant qu'Aholou se trouve très haut, à la même hauteur que Diony. Mais il n'y reste pas longtemps...


... et offre une solution entre les lignes, où la passe de Saliba le trouve parfaitement. Cette passe verticale casse les deux premières lignes du bloc et Aholou n'a plus qu'à relayer le ballon jusqu'à Bouanga, avec une autre. Avant bien sûr de se projeter dans la surface adverse :


Le centre de Bouanga à destination de Boudebouz est repoussé par la défense, mais c'est toujours Aholou qui est à la lutte pour le récupérer, avec Camara pas loin. Le ballon arrive finalement dans les pieds de Boudebouz à l'entrée de la surface et son centre-tir frôle la lucarne opposée.


Rien n'a changé à la pause, comme on peut le voir dans cet exemple juste après le retour des vestiaires :


M'Vila se trouve toujours bas, à hauteur de la défense, ses deux compères du milieu se trouvent bien plus haut, surtout que Boudebouz avait décroché pour aider à la construction. D'ailleurs, il est intéressant d'observer le positionnement de Bouanga et Diony, très excentrés - les deux défenseurs centraux bordelais n'ont aucun adversaire à suivre. Le ballon arrive donc à Saliba, qui joue avec Kolo...


... et Aholou se détache du marquage pour offrir une solution entre les lignes, où il est trouvé et d'où il relaye le ballon pour Bouanga. Du jeu à trois à gauche (latéral-relayeur-ailier), rien de plus classique, mais beau à voir pour les spectateurs stéphanois, pas trop habitués à ce genre de mouvement le dernier temps.


A la 56e, même construction avec la défense centrale aidée par M'Vila, descendu à gauche, comme il avait l'habitude pendant la période Gasset :


Aholou plus haut, Camara se place entre les deux lignes de 4 et 2 pour offrir une solution. Il est trouvé, mais joue en arrière avec Saliba. Le ballon est passé de nouveau horizontalement et arrive à M'Vila...


... qui trouve Aholou avec une passe verticale. Diony et Bouanga sont de nouveaux excentrés, la défense centrale adverse n'a toujours personne à surveiller. Le milieu relayeur stéphanois ne relaye pas le ballon, mais monte avec, profitant du fait que la défense recule suite à l' appel de Diony :


Pour une fois, il ne joue pas à gauche avec Bouanga, mais il cherche Boudebouz à droite. Malheureusement, sa passe est interceptée.


Même à 10, avec seulement deux milieux axiaux, les remontées du ballon stéphanoises sont passées par cette présence entre les lignes qui a le but de relayer le ballon vers les attaquants. Par exemple, à la 84e minute, Moulin envoie le ballon à gauche :


Il parvient jusqu'à Kolodziejczak, qui peut jouer plus haut dans le couloir avec Bouanga, ou revenir en arrière avec Saliba. Mais Dioussé se projette et offre une solution dans le dos des milieux adverses. Il est trouvé...


... et monte avec le ballon avant de lancer Abi en profondeur dans le couloir gauche. Malheureusement, son centre est trop long et ne peut pas être repris...



Conclusions


Il manque toujours un petit brin de réussite aux Verts, et sans lui, ils glissent peu à peu vers le bas du classement. Mais il y a clairement des motifs d'espoir, des ingrédients importants sont bien présents. Une approche tactique calée sur les forces des joueurs aptes, avec des solutions proposées entre les lignes. De l'envie, des duels gagnés, un jeu collectif cohérent, à défaut d'être flamboyant. Et même s'ils concèdent toujours l'ouverture du score sur la première demi-occasion adverse... les Stéphanois sont maintenant capables de revenir dans le match. Il est temps maintenant d'utiliser tous ces ingrédients pour enfin retrouver le goût de la victoire en championnat...

vendredi 6 mars 2020

ASSE - Rennes, 2-1 (Kolodziejczak, Boudebouz)

On est, on est, on est en finale !


Les Verts se sont qualifiés pour leur première finale de Coupe de France après 38 ans. Au terme d'un match complet, surtout la première période, et un but à la fin du temps additionnel. Un but qui a libéré tout le peuple vert, joueurs et spectateurs faisant ensuite la fête sur la pelouse.

Les Stéphanois ont fait preuve d'envie et de maîtrise. Ils ont gardé la confiance malgré l'ouverture du score concédé sur penalty contre le cours du jeu. D'un point de vue tactique, le choix du staff a été très logique, compte tenu des points forts des joueurs à sa disposition, un 4-3-3 :


Deux latéraux (Debuchy et Kolo) qui peuvent/savent monter quand il faut, mais qui sont plutôt défensifs, pas comme Maçon ou Trauco (sur le banc, Silva et Palencia n'entrant toujours pas dans les plans de Puel). M'Vila n'a pas à monter trop haut dans ce système, il peut rester à la hauteur de la défense quand on construit, ce qu'il aime le plus (meneur de jeu reculé). Deux relayeurs (Cabaye et Camara) qui se projettent offrirait deux solutions entre les lignes.

En phase offensive, on peut à la fois passer sur les côtés (2 joueurs dans chaque couloir), avec un appui sur un milieu relayeur. Et aussi M'Vila aura des solutions de passe verticales dans l'axe, pour casser la ligne des milieux.  Un autre avantage de ce système est qu'en phase défensive on est en 4-1-4-1. Le 4-4-2 marche très bien quand c'est un vrai bloc équipe, discipliné. On minimise souvent l'importance du premier rideau dans ce système : ils doivent à eux 2 empêcher toute relance propre de la part des deux centraux + sentinelle adverse. Cabella avait un volume de course qui lui permettait d'être très bon à ça. Bouanga, Boudebouz ou Khazri sont très mauvais dans cet exercice. Donc si on joue avec un d'entre eux en soutien de l'AC, c'est comme si on jouait en 4-4-0 : tôt ou tard, le milieu prend l'eau. Tant qu'à faire, rajouter un milieu, c'est ce que Puel a fait, et ça a bien marché...


Retour maintenant à la Ligue 1 et à la lutte pour le maintien. Mais avec un moral retrouvé et un rendez-vous pris au Stade de France...

lundi 2 mars 2020

Lyon - ASSE, 2-0

Un derby ?


Les Verts se sont logiquement inclinés lors de leur déplacement dans la banlieue stéphanoise, après une première période où ils n'ont pas mis les ingrédients nécessaires pour disputer un derby...


Non seulement les Stéphanois enchaînent les mauvais résultats, mais en plus leurs prestations à l'extérieur commencent à être régulièrement plombées par une première période catastrophique. A Brest, ils avaient complètement coulé en 1MT, avant de montrer un visage différent après la pause, sans arriver à combler le retard. Contre les Vilains, ils n'ont tout simplement pas existé sur la première moitié du match, avant de commencer à jouer au retour des vestiaires. Comme les souligne d'ailleurs Claude Puel dans son analyse d'après-match : "on a été inhibés. On était en bloc et c’était bien ce qu’il fallait faire devant cette équipe mais on a manqué de maîtrise sur les ballons qu’on a récupérés (...) on n’a pas été assez agressifs dans les duels pour gratter beaucoup de ballons. Après la pause, on s’est lâchés, on a pressé haut et on a montré qu’on pouvait être acteurs".

Voici quelques exemples de ce triste derby...


1MT : Inexistants


Pour ce match, le staff stéphanois a fait le choix d'un 4-4-2, avec un duo Bouanga-Diony devant :


M'Vila et Cabaye ont formé la paire des milieux axiaux, pendant que Honorat et Trauco ont été les milieux excentrés. Les adversaires du jour ont abordé ce match en 4-3-3, avec un trio au milieu très mobile, qui a posé énormément de problèmes. Leurs appels dans le bloc stéphanois mériteraient presque une analyse, mais comme on ne veut pas se concentrer sur les vilains aspects de ce match, regardons de plus près la réponse des Verts.

Comme par exemple à la 18e minute, quand les Vilains commencent une attaque à droite :


Côté ASSE, le bloc en 4-4-2 est en place et couvre bien le triangle des milieux adverses. Trauco sort sur son adversaire direct, qui joue en arrière :


Un des milieux relayeurs se projette dans le couloir droit, suivi par M'Vila et Kolo. Le défenseur central essaye une transversale pour changer de côté, bien lue par Debuchy qui dégage de la tête. Mais le ballon est tout de suite récupéré et les Vilains reconstruisent sur la ligne médiane :


Le bloc stéphanois se remet en place. Le premier rideau empêche la progression du milieu défensif, pendant que les deux autres sont surveillés : un se trouve entre les lignes, pendant que l'autre est pris par Trauco. Sur l'image précédente c'était Honorat qui faisait la même chose du côté opposé - la ligne des Verts coulissait très bien, il n'y avait jamais beaucoup de place entre les milieux axiaux pour que le ballon puisse passer. Mais tout change quand un défenseur central amène du surnombre en montant avec le ballon :


Le premier rideau, formé par Diony et Bouanga, aurait du intervenir, mais les deux se concentrent sur le milieu défensif. Cabaye sort donc de sa ligne pour arrêter la progression du défenseur, et le décalage est fait :


L'adversaire qui se trouvait dans son dos est trouvé, et il joue en arrière avec son compère du milieu : non seulement Diony et Bouanga n'ont pas coupé le progrès du défenseur, ils n'ont pas suivi cet adversaire non plus... Et avec trois passes, le bloc stéphanois est transpercé, le ballon arrive à l'ailier droit. Qui perd le contrôle du ballon...


...  sous la pression de Kolo, M'Vila et Trauco. Le ballon arrive ainsi à Bouanga, qui essaye de partir en contre, mais c'est quasiment mission impossible :


Les Verts défendait si bas, qu'à la récupération du ballon, l'attaquant stéphanois se trouve seul contre 4 adversaires. Il tente un tir de loin, sans aucun danger.


Ce qui rend encore plus frustrante la manière dont les Verts ont subi le jeu en 1MT est l'impression qu'il y avait de la place. Quand ils ont (rarement!) construit proprement, ils ont été capable de trouver des décalages :


A la 32e minute, Debuchy joue une touche avec Cabaye et le ballon parvient jusqu'à Kolo, sur le côté opposé. Le latéral gauche remet dans l'axe...


... et la disposition offensive des Verts est bien visible sur cette image. L'axe du terrain est complètement déserté, le trio des vilains milieux ne sert pas à grande chose. Le jeu passera forcément sur un côté. M'Vila et Cabaye échangent des passes et le ballon arrive à Fofana :


L'excentré gauche adverse anticipe une passe vers Debuchy, mais c'est Honorat qui reçoit le ballon, dans le couloir droit. Non seulement le bloc adverse a été facilement contourné, mais les milieux ne reviennent même pas pour aider leurs 4 défenseurs :


Honorat avance balle au pied, la défense suit les appels de Diony et Bouanga, pendant qu'à l'opposé Trauco et Kolo font des grands signes, étant complètement libres. Ils sont recherchés par la passe d'Honorat, mais Bouanga "intercepte" et tire en première intention, annulant ainsi le décalage créé dans son dos. Une frappe trop molle pour inquiéter le gardien...


Ce genre d'attaque a été très rare en 1MT, les Verts étant complètement privés du ballon. Ils ont fini la période avec seulement 22% de possession - le plus faible pourcentage d'une équipe sur une période cette saison. Leur bloc a été baladé sans arrêt d'un côté à l'autre et quand ils arrivaient parfois à récupéré le ballon, ils n'arrivaient pas à l'exploiter - à la demi-heure de jeu, plus d'une passe sur deux été ratée par les Stéphanois...


2MT : Des intentions


Des changements importants ont été effectué à la pause. Tactiquement, le staff stéphanois a choisi de résoudre le problème du milieu :


Le rideau de deux devant n'empêchant pas la construction adverse, Bouanga a été excentré à gauche, Trauco est passé dans l'axe pour former avec Cabaye et M'Vila un triangle pointe basse qui a défendu plus facilement contre les milieux adverses.

Mais le plus gros changement a été dans l'attitude des joueurs. Ils ont enfin commencé à jouer un Derby, affichant la motivation et l'intensité nécessaires. Comme on peut l'apercevoir dans cet exemple à la 57e minute, quand les Vilains essayent de construire de leur propre moitié..


... et Honorat déclenche un pressing sur le latéral gauche, suivi de ses coéquipiers, qui se jettent tous sur leurs adversaires, pas forcément d'une manière coordonnée :


Cabaye et Diony sur un défenseur, qui arrive à décaler vers un autre (cherché par Bouanga), qui arrive à jouer avec un milieu, cherché par Trauco...


... et Cabaye récupère le ballon. Il joue avec Diony, qui lance en profondeur Bouanga. L'attaquant stéphanois s'enferme dans un angle et voit son tir repoussé en corner, mais l'essentiel n'est pas là. Les Verts ont affiché un visage différent lors de cette deuxième période, un visage qui méritait probablement mieux.

Malheureusement, les quelques occasions créées n'ont pas été converties. Ils sont restés dans le match grâce à trois arbitrages vidéos favorables - chose assez rare pour être soulignée - et les changements effectués à partir de la 70e minute n'ont pas suffisamment incliné la balance de leur côté :


Boudebouz est rentré à la place d'Honorat, dans le couloir droit et Abi à celle de Trauco : les Verts sont repassés dans un 4-4-2, mais comme ils gagnaient leurs duels et gardaient le ballon, ils n'ont pas subi comme en première période.

Il n'y a pas eu de troisième changement, il n'y avait plus aucun autre joueur offensif sur la feuille de match pour l'ASSE...


Conclusions


Il est difficile de dire qu'est-ce qui est le plus inquiétant dans la situation actuelle. La lente descente au classement, avec la place de barragiste de plus en plus proche ? L'incroyable série des matchs sans victoire - et surtout des défaites - en championnat ? Ou le fait que l'équipe se met à jouer seulement à réaction, seulement après avoir été baladée pendant toute une période ? Si on regarde la 2MT des deux derniers déplacements, à Brest et à Lyon, il y a clairement de l'espoir : des joueurs concernés, qui se battent avec leurs armes et qui, grâce à des changements tactiques pertinents, arrivent à prendre le dessus de leurs adversaires, ou au moins à faire match égal avec eux. Il n'y a plus qu'à trouver comment faire pour commencer directement comme ça, et non seulement quand c'est trop tard...

lundi 24 février 2020

ASSE - Reims, 1-1 (Bouanga)

Une fin cruelle


S'ils ont réussi à enrayer la série des défaites consécutives en championnat, les Verts ont laissé échapper dans le temps additionnel deux points précieux dans la lutte au maintien.


L'ASSE n'avait pris que 3 points sur ses 9 derniers matchs de Ligue 1 et la réception de Reims n'avait pas été préparée dans les meilleures conditions possibles. Quand une telle équipe, en pleine crise de résultats et de confiance, reçoit la meilleure défense du championnat, il faut s'attendre à un match fermé. Et ça a été bien le cas, le plan de jeu des deux équipes étant souligné dans l'analyse de Claude Puel d'après-match : "Reims est une équipe qui ne donne rien et quadrille bien le terrain (...) On est restés bien en place et on n’a pas concédé d’occasion".

Voici quelques exemples d'un match bien fermé et pauvre en occasions...


1MT : Deux blocs bas


Comme prévu, c'est Jessy Moulin qui a été dans le but stéphanois, derrière un bloc équipe en 4-2-3-1/4-4-2 :


Dans l'absence de Perrin (blessé) et Fofana (suspendu), c'est M'Vila qui a joué en défense centrale, laissant l'axe du milieu à Cabaye et Camara. Les Stéphanois ont proposé un bloc bas avec deux lignes de 4 assez proches et disciplinées, même si elles ont été parfois facilement percées par les Rémois. Dans cet exemple à la 4e minute, un milieu adverse est recherché entre les lignes, mais Camara coupe bien la passe. Le ballon rebondit jusqu'à un adversaire, les Verts ne récupèrent pas la possession :


Les deux lignes sont toujours en place, le ballon passe par la défense de Reims, un des défenseurs monte balle au pied sur un côté, tout le bloc coulisse bien...


... et quand le ballon est envoyé du côté opposé, l'ailier rémois se trouve tout seul : Debuchy était trop axial, Honorat trop haut. Heureusement, son centre n'est repris par personne dans la surface et les Verts se dégagent facilement.


Le Stade de Reims n'a quasiment rien proposé offensivement et le bloc stéphanois n'a pas été réellement mis à l'épreuve. Quant à son animation offensive, l'ASSE n'a pas brillé non plus, ayant du mal à prendre des risques contre un défense regroupée. Dans cet exemple à la 9e, Moulin joue avec M'Vila...


... qui combine avec Saliba dans la surface. Il y a plusieurs adversaires restés haut dans la moitié stéphanoise et quand le jeune défenseur joue verticalement vers Camara, sa passe est interceptée. Heureusement, le ballon est récupéré et les Verts peuvent construire proprement leur attaque, pendant que les Rémois se mettent en place dans leur moitié :


Camara joue en latéral avec Kolo, qui lui rend le ballon. Ses deux défenseurs sont derrière lui, ses deux milieux (Cabaye et Boudebouz) sont plus haut, impossible à trouver entre les milieux adverses :


Camara joue donc en arrière avec M'Vila, le ballon arrive jusqu'à Saliba, qui joue à droite avec Debuchy...


... qui remet dans l'axe. Sa passe n'est pas précise, mais M'Vila récupère avant un attaquant adverse, avant de redonner à Camara :


Le jeune milieu stéphanois est trop bas sur le terrain. M'Vila et lui se trouvent dans la même zone, avec aucun adversaire autour. Il manque donc des joueurs pour faire le liant vers l'attaque, surtout que les deux milieux sont bien cachés dans le bloc adverse. Les Verts peuvent remonter le terrain seulement avec des longs ballons ou en passant sur les côtés (qui sont bien fermés aussi). Dans cet exemple, Kolo essaye la deuxième option, mais sa passe à destination de Bouanga et/ou Diony n'est pas précise et le ballon sort en touche...


Quelques permutations ont été effectuées plus tard en première période, entre Camara et Cabaye mais aussi dans la ligne de 3 offensifs (Honorat est passé à gauche, Boudebouz à droite, Bouanga dans l'axe) :


Mais un autre changement tactique a été plus important : les Verts ont décidé de prendre plus de risques et laisser la relance à la défense, plaçant les milieux plus haut sur le terrain. Dans cet exemple à la 37e, Debuchy joue une touche avec Cabaye, qui écarte avec Kolo du côté opposé. Le jeu revient en arrière...


... avec Camara, Saliba et M'Vila. On pourrait croire à la même animation que lors de l'exemple précédent, mais les milieux stéphanois se projettent maintenant et M'Vila avance balle au pied :


Diony se trouve dans la défense, Kolo et Boudebouz collent aux lignes de touche et il n'y a pas moins que 4 stéphanois dans l'axe pour proposer une solution de passe : Bouanga, Honorat, Cabaye et Camara. Ils sont couverts par une ligne de 5 milieux rémois, il y a forcement des solutions. M'Vila joue avec Saliba, qui monte aussi un peu...


... et trouve un partenaire : la passe verticale traverse la ligne des milieux et arrive dans les pieds de Camara, qui remonte vers le but adverse et centre. Malheureusement, le ballon est repoussé par un défenseur en corner.

Et comme les coups francs n'ont pas été bien tirés, la première période se finit avec aucun tir cadré, des deux côtés...


2MT : Du bricolage tactique


En deuxième période les Verts ont augmenté un peu le rythme et ont essayé de mettre à la faute le bloc adverse. Mais comme ce n'était toujours pas évident de construire les attaques, ils ont plutôt mis l'accent sur une récupération haute du ballon. Dans cet exemple à la 57e...


... le bloc stéphanois est en place et quand les défenseurs et le gardien adverse se passent le ballon, un pressing est déclenché. Diony cherche un défenseur pendant que Boudebouz marque le milieu adverse, les Rémois doivent jouer long. Camara récupère le ballon...


... et joue en arrière avec Debuchy. Un jeu à trois avec Honorat et les Verts repartent vers l'avant. Camara porte le ballon vers la droite...


... élimine un adversaire, et cherche à lancer Honorat dans son couloir. Malheureusement, la passe est imprécise et sort en touche. Les Rémois remettent en jeu vers l'arrière, avec la défense et le gardien...


... et les Stéphanois restent haut, prêts pour le pressing. Qui est déclenché quand le ballon est envoyé sur le côté opposé :


Diony, Boudebouz, Bouanga, Cabaye, Camara et Honorat sont haut sur le terrain et leur positionnement oblige leurs adversaires à jouer dans le couloir. Et quand la passe vers l'avant part...


... c'est Kolo qui surgit pour l'intercepter - il n'était même pas visible sur la capture précédente. Il remet dans l'axe à Boudebouz, qui est complètement libre et qui arme un frappe à l'entrée de la surface. Captée par le gardien, mais c'était le premier tir cadré du match.

Le deuxième n'est pas intervenu avant la 70e minute. Entre temps, Trauco avait remplacé Boudebouz - il avait pris l'aile gauche et Bouanga s'était placé en soutien de Diony dans l'axe. Lors de cet exemple à la 72e, il décroche pour jouer une touche avec Kolo :


Le ballon est ensuite envoyé latéralement jusqu'à Debuchy, via Saliba. Le jeu passe ensuite par les milieux de terrain Camara et Cabaye...


... jusqu'à Kolo de nouveau. Ça passe d'un côté à l'autre, mais lentement et sans aucune passe vers l'avant. Le bloc adverse est en place en 4-4-2, avec un milieu surveillant Bouanga entre les lignes...


... et trois adversaires enfermant les deux milieux axiaux stéphanois. Les passes latérales des Verts continuent et c'est le jeune Saliba qui fait le premier mouvement vers l'avant :


Il monte balle au pied et donne à Debuchy plus haut, qui lance Honorat encore plus haut dans le couloir droit. Un défenseur s'interpose, mais le ballon sort du terrain et la touche est stéphanoise.

Et sur cette remise en jeu, Honorat centre pour Bouanga, qui ouvre le score sur le deuxième tir cadré du match.


Le staff de l'ASSE a ensuite procédé à d'autres changements des joueurs, pour amener du sang frais et surtout préserver le score. L'entrée de Dioussé à la place de Diony a amené un changement tactique compréhensible :


Les Verts sont passés en 4-1-4-1 avec Cabaye en sentinelle et Bouanga seul devant. Ce bloc stéphanois a été propre et a bien fermé le jeu, empêchant les Rémois de se créer des occasions. Mais l'entrée de Silva à la place de Cabaye (changement forcé après une gêne ressentie par ce dernier) a tout chamboulé :


Les Verts sont passé à 5 derrière, avec Kolo axial et Debuchy et Silva sur les côtés. Un 5-4-1 en théorie, mais parfois même un 6-3-1, tellement Honorat descendait bas aussi.


Et malgré ce dispositif hyper-défensif pour préserver son but d'avance, l'ASSE a concédé un penalty en contre à la dernière minute du temps additionnel...



Conclusions


Même si tout point pris dans la lutte au maintien est important, surtout après 4 défaites consécutives, il est difficile de positiver après ce match. Le jeu proposé a été assez pauvre et le but encaissé dans la dernière minute du temps additionnel fait mal au moral. Il aurait été préférable de ce point de vue de finir le match plutôt 0-0 que 1-1... Il est important pour les joueurs de se vider la tête et bien préparer la série suivante, quand ils auront à jouer 3 matchs dans une semaine, dont le Derby et une demi-finale de Coupe de France. Un enchaînement qui risque de faire très mal en cas de mauvais résultats, ce qui est malheureusement probable avec l'absence des nombreux joueurs et de la confiance.