mercredi 19 septembre 2018

Stade Français - RCT, 37-10 (Tuisova)

L'avant-match


La victoire en extremis de la semaine dernière a donné un peu d'air frais aux Toulonnais, mais rien n'est acquis pour autant. Il faut confirmer maintenant, et le déplacement à Paris n'est pas le match idéal pour cela. Une victoire semble utopique, un match maîtrisé de bout en bout encore plus. C'est peut-être triste, mais on est arrivé au point de seulement espérer un RCT soudé, qui ne perd pas sa tête dans les moments défavorables, quitte à reconnaître que l'adversaire est supérieur. Et pourquoi pas amener un petit point de bonus tant qu'on y est, même si c'est peu probable.

Le match...


... quel match ? Dès le début, c'était clair qu'il n'y a qu'une seule équipe qui veut jouer au rugby. Les Parisiens ont déroulé, ont transpercé la défense toulonnaise et ont marqué deux essais après même pas 20 minutes de jeu. Côté RCT, à chaque fois qu'il y avait une opportunité de lancer du jeu, elle était gâchée par un en-avant (15e, 34e), un maul qui avance pas (25e) et surtout par une très mauvaise sur-utilisation du jeu au pied (2 fois 22e, 29e). Ironie du sort, l'essai toulonnais marqué juste avant la pause vient suite à un coup de pied à suivre, mais clairement pas maîtrisé.

Menés de seulement 7 points à la mi-temps, les Toulonnais aurait pu espérer quelque chose en deuxième période. Mais le score final sur ces 40 minutes a été de 20-0 et se passe donc de commentaires. Entre pénalités offertes, des en-avants, des nombreuses passes interceptées et une défense facile à percer, le RCT a offert une inquiétante bouille de rugby. La séquence qui résume tout commence se passe autour de la 70e minute. Le jeu passe d'une pénal-touche toulonnaise à 5m, via des ballons perdus et en-avants à une pénal-touche parisienne à 5m. Les joueurs du RCT récupèrent le ballon par un beau contre-ruck... pour le perdre dans la foulée et offrir l'essai du bonus à leurs adversaires.

L'action


On joue depuis 18 minutes et enfin les Toulonnais arrivent à marquer leurs premiers points, sur pénalité. Mais dès le coup d'envoi, ils se mettent sous pression :


Le ballon est capté dans leurs 22m, le ruck est formé et Escande (9) prend le temps avant de dégager au pied... ni en touche, ni trop loin. L'arrière adverse arrive de loin pour capter ce ballon, aucun Toulonnais ne monte pour essayer de l'empêcher Après une petite séquence de jeu à une passe...


... les Parisiens envoyent le jeu vers l'extérieur, mais la défense est en place. Alors ils fixent encore un peu...


... et leur charnière renverse le sens du jeu. La défense du RCT est clairement en place, tous les joueurs sur la ligne, Carbonel (10) et Placid (15) en couverture des deux côtés, Escande (9) en train de couvrir au premier rideau. Alors quand le centre adverse reçoit le ballon quasiment sur la ligne médiane, le danger ne semble pas imminent :


Sauf que la défense ne glisse pas proprement. Tuisova (14) et Guirado (2) se décalent vers la droite, pendant que van der Merwe (3) sort de la ligne. Escande (9) est trop lent/loin pour couvrir et Carbonel (10) se tient proche de la ligne de touche. Ainsi, le centre adverse peut sprinter sur 50m, d'abord entre Guirado et van der Merwe, puis entre Carbonel et Escande. Il marque le deuxième essai du Stade Français sans avoir cassé aucun plaquage... parce qu'aucun n'a été essayé par les Toulonnais.

La suite


Après ce lourde défaite, le moral des Toulonnais est au plus bas. Le score, la troisième défaite sans bonus en 4 matchs, c'est une chose. Mais la manière, c'en est une autre. Il n'y a pas eu de match, les joueurs du RCT ont donné l'impression d'avoir baissé les bras très tôt. C'est très inquiétant pour la suite et maintenant il faut absolument gagner à domicile contre Agen, parce que la suite est rude, avec des matchs à Clermont et contre Montpellier avant le début de la Coupe d'Europe. Une victoire sans trembler, avec la manière, pour que la confiance soit de retour, sinon le RCT vivra sa période la plus noire depuis des longues années...

dimanche 16 septembre 2018

PSG - ASSE, 4-0

Un sentiment de déjà vu


Les années passent et se ressemblent - peu importe le staff technique, après un début de match encourageant, une lourde défaite accompagne souvent les déplacements des Verts à Paris. 

Le scénario est classique et désormais bien connu par les Verts. Une équipe bien en place défensivement, qui empêche les Parisiens de développer leur jeu, mais qui n'arrive pas à les faire douter plus que ça. Et il suffit d'une seule erreur ou occasion pour encaisser un premier but et se faire punir par la suite, avec un score final assez large. Même si le staff technique et l'effectif ont changé, ça a été exactement le scénario du dernier déplacement au Parc...

Le déroulement tactique de ce match est déjà résumé par les maîtres tacticiens de l'ASSE, Gasset "Le plan de jeu était de jouer bas et de contrer en première mi-temps. Ça a été fait à la perfection. Malheureusement, on n'a pas réussi à marquer" et Perrin "A 2-0, on entre complètement dans leur jeu. On essaie de sortir mais on prend des vagues". Alors le reste de cet article se contentera d'illustrer leurs propos avec des exemples. 

Le scénario recherché


Une attaque parisienne après un gros quart d'heure de jeu nous permet d’apercevoir les deux systèmes tactiques :


Un 4-3-3 standard pour le PSG, avec un triangle "pointe basse" au milieu et trois attaquants. Pour l'ASSE, 5 défenseurs (KMP à droite, Silva à gauche), 4 milieux (Salibur à droite, Khazri à gauche) et un avant-centre, Diony. Comme on le verra par la suite, cette capture d'écran est très représentative pour la tactique défensive des Verts. Les 4 milieux enferment les milieux parisiens. Les trois défenseurs axiaux suivent les offensifs adverses, dès qu'un décroche, il est de suite suivi - dans cet exemple, Kolo suit Di Maria. Ceci est possible parce que les couloirs sont surveillés par Silva et KMP.

Sans possibilité de franchir le rideau défensif stéphanois, les Parisiens gardent le ballon sur la ligne médiane :


L'autre ailier décroche, suivi de près par Perrin - tout l'intérêt d'une défense à 5 est de permettre à un défenseur de sortir de l'alignement sans pour autant offrir un décalage à l'adversaire :


Le milieu de PSG est obligé de jouer en arrière, les 4 milieux stéphanois sont très axiaux et ils entourent toujours leurs trois adversaires :


C'est au tour de l'autre ailier de décrocher, suivi par Kolo :


L'avant-centre plonge dans l'espace libéré, mais Subotic peut couvrir. Bref, les Parisiens n'ont pas vraiment des solutions, leur animation offensive étant basée sur des offensifs qui font des appels entre les lignes, mais elle a été bien contrariée par la présence de ce défenseur supplémentaire, qui peut donc suivre l'attaquant sans laisser des espaces. L'alternative est donc de faire monter un milieu axial entre les lignes, mais comme les Stéphanois sont très proches dans l'axe, ils arrivent à couper les passes :


Et comme le ballon est récupéré, les Verts se projettent vite en contre...


... Salibur élimine un adversaire et monte avec le ballon, profitant des appels de Khazri et Diony. Un 3-contre-3 malheureusement mal joué, la dernière recrue stéphanoise faisant le choix de tirer de loin, obtenant seulement un corner.


Cet exemple de 30 secondes illustre parfaitement le plan initial du staff stéphanois, une défense qui contrarie très bien l'animation offensive adverse et des contres rapides. Malheureusement, on a pas conclu ces contres et il a suffit d'une seule passe qui a traversé le rideau défensif pour trouver un milieu axial placé entre les lignes et le PSG a ouvert le score.

Le scénario subi


La faille dans la défense stéphanoise étant clairement identifiée, le staff adverse a changé de dispositif tactique à la pause, passant en 4-2-3-1, donc avec un "10" placé entre les lignes. Et comme le deuxième but est vite arrivé, les Verts n'ont plus eu le choix et on du se découvrir. L'entrée de Hamouma à la place de KMP les a fait passer de 5-4-1 en 4-4-2 / 4-2-3-1 :


Et en fin de match les entrées de Beric et Diousse à la place de Diony et Salibur ont préservé ce système, Diousse jouant dans le couloir gauche :


Le choix de Diousse ailier gauche est assez incompréhensible quand on est menés 3-0 et il reste 10 minutes à jouer, surtout qu'un ailier de métier se trouvait sur le banc (Nordin). Mais à la fin le choix des joueurs n'a pas eu d'incidence, être derrière au score et se découvrir contre Paris est le pire scénario pour une équipe.

Par exemple, à un quart d'heure de la fin, les Verts sont en attaque :


M'Vila trouve Khazri dans le couloir gauche avec une passe lobée. Kolo se projette vite pour l'aider, pendant que les trois autres offensifs se trouvent dans l'axe, dans le bloc parisien, bien en place. Khazri décide de jouer en arrière avec M'Vila...


... qui essaye de trouver Hamouma ou Salibur entre les lignes. Sauf que la passe est interceptée et les Parisiens partent en contre :


Heureusement, le milieu du PSG garde trop le ballon et même s'il combine avec le latéral gauche, le contre s'éteint et les Stéphanois commencent à être en place défensivement :


Si tous les Verts sauf Diony se trouvent dans leurs 30m, il n'y a pas beaucoup de Parisiens. Et donc même si Khazri part en contre lancé par M'Vila après une récupération de Salibur, il trouve toute la défense devant lui :


Non seulement les joueurs stéphanois ont du faire des aller-retours entre les deux camps, mais en plus ils ne trouvent pas de décalages. Pour permettre à ses coéquipiers de se replacer en attaque, Khazri temporise en échangeant avec Kolo :


... et ils continuent...


... avant que Kolo joue en arrière avec Subotic. Le bloc parisien est en place, les Verts changent de côté : 


Comme leurs compères dans le couloir gauche, Gabriel Silva et Hamouma échangent des passes avant de jouer dans l'axe avec Selnaes : 


La passe du milieu norvégien casse le rideau adverse et trouve Khazri entre les lignes, mais le contrôle est raté et un défenseur axial intercepte le ballon. Et le PSG part de nouveau en contre...


Conclusions


Il ne fallait pas attendre grande chose de ce match. Ni de point de vue comptable, ni pour des renseignements tactiques. Les premiers quatre matchs des Verts n'ont pas laissé émerger un style de jeu bien défini. On peut comprendre que la trêve internationale, avec des nombreux titulaires blessés ou en sélection, n'a pas permis de peaufiner l'animation offensive. Et que de toute façon, c'est pas à Paris qu'on allait pratiquer le foot que le staff technique recherche pour le reste de la saison. Mais il est temps que cette saison commence enfin - l'effectif est au complet, une semaine entière de travail avant une semaine à 3 matchs, dont deux réceptions devant des Kops pleins, tout est en place pour enfin voir le vrai visage de l'ASSE. 

mercredi 12 septembre 2018

RCT - Castres, 28-27 (Messam, Onambélé, S.Taofifénua, Nakosi)

L'avant-match


Malgré les demandes pour de la patience, les Toulonnais sont bien sous pression avant la réception du champion en titre. Après zéro points en deux journées, une autre défaite à domicile pourrait avoir des conséquences assez négatives. Et la sérieuse (et possible définitive) blessure de Ollivon dans la semaine ne fait que rendre le contexte encore plus pesant pour ce match du RCT. 

Le match...


... commence parfaitement pour le RCT, avec un essai en force après une touche à 5m et une belle défense. Les Castrais sont souvent pénalisés, mais ils n'ont qu'à atteindre et profiter des erreurs toulonnaises, surtout dans le jeu aérien. Un sacré passage à vide de 10 minutes à partir de la 19e voit le score s'inverser de 10-5 à 10-18. Une pénalité concédée après une réception de chandelle cafouillée, une autre après un en-avant repris devant... et finalement un essai encaissé en contre après une passe interceptée (et la blessure de Webb avec). Bref, rien n'aller en s'arrangeant pour le RCT, même si l'essai plein d'envie et détermination de Onambélé à la demi-heure de jeu a ramené les Toulonnais à seulement 6 points derrière à la pause.

Et la 2MT ne commence pas mieux, une pénalité encaissé dès l'entame, une autre dès le coup d'envoi castrais après le 3e essai toulonnais et plus grande chose ensuite, le RCT étant mené à domicile 20-17 à l'heure de jeu. Et c'est à ce moment-là que tout aurait du basculer. Touche à 22m, pénalité, touche à 5, maul, pénalité, touche à 5, maul, pénalité et jaune pour Castres. Mêlée à 5, jeu envoyé au large, essai... refusé pour un en-avant de passe ! Le CO se dégage, mais le RCT obtient une pénalité à 40m... qui est ratée ! Sur les temps de jeu suivants, Bastareaud frappe au sol un adversaire et écope d'un rouge ! Bref, il reste plus que 10 minutes de jeu et rien ne sourit aux Toulonnais, qui parviennent quand-même à entrer dans le bonus défensif avec une pénalité. Et un essai improbable à une minute de la fin (ci-dessous) vient sceller le score final d'un match gagné, mais on ne sait pas comment...

L'action


Il reste 3 minutes et demi à jouer, à 14 contre 14, le RCT a besoin de marquer un essai pour gagner, mais les Castrais ont le ballon...


... et cherchent à tenir les Toulonnais loin de leur moitié. La chandelle du 9 adverse est bien capté par Nakosi (15), placé à l'arrière après la sortie de Placid :


Un ruck est formé, Escande (9) se prépare de sortir le ballon, mais à la surprise générale, Monribot (7) le prend et fonce plein axe, rattrapé en extremis par le demi de mêlée adverse :


Il parvient néanmoins à passer après contact à Guirado (2), qui casse un plaquage...


... fait un cadrage débordement sur le 10 adverse et passe après contact pour Escande ! Le 9 toulonnais envoie le jeu sur le côté, où Saivea (11) s'était proposé, mais l'ailier est mis au sol sur la ligne des 5m castraise :


Carbonel (10) arrive avant Escande (9) et sort le ballon - Tuisova (12) fait des grands signes pour le demander et il a raison. Avec Fekitoa (14) et Nakosi (15) ils sont plus au large que toute l'équipe adverse, bien serrée dans ce coin du terrain. La sortie est faite via Setiano (3), qui donne difficilement à Messam (8) suite à un plaquage en position de hors jeu d'un Castrais. Mais c'est sans incidence :


Nakosi (15) reçoit le ballon et il n'a pas besoin de jouer avec ses deux coéquipiers pour marquer l'essai de la gagne, 30 secondes après la chandelle adverse...


La suite


Victoire, enfin ! Dans la douleur, à l'envie plus qu'en maîtrise. Mais une victoire qui fait du bien au moral et qui permettra de préparer les prochaines échéances plus sereinement. Mais aussi avec moins de monde, la ligne de trois-quarts Toulonnais sera bien dégarnie après les sorties sur blessure de Webb et Belleau et le carton rouge de Bastareaud.

mardi 4 septembre 2018

ASSE - Amiens, 0-0

Un puzzle à résoudre


Troisième match nul d'affilé, deuxième 0-0 consécutif, les Verts restent invaincus, mais ils n'arrivent plus à trouver le chemin des filets. Dans le secteur offensif les pièces sont là, mais pour l'instant elles ne collent pas ensemble.


Le mercato d'été est terminé et le staff stéphanois connaît enfin les joueurs à sa disposition jusqu'à janvier prochain. Il s'agit donc maintenant de trouver le meilleur moyen de les faire jouer ensemble, de trouver la meilleure complémentarité entre les profils dans le groupe. Pour le secteur défensif il n'y a pas trop des changements par rapport aux derniers mois, mais l'animation offensive a du mal à se mettre en place, les arrivées apportant des profils différents. Khazri, Diony et Salibur sont venus pour remplacer Bamba (et éventuellement Ntep avec son faible temps de jeu) - non seulement il faut faire la place à tout le monde, mais il faut créer des automatismes avec le reste de l'équipe.

Le staff technique des Verts a donc plusieurs bons joueurs à sa disposition et un problème à résoudre, assembler les pièces de ce puzzle tactique : quel système utiliser, quel positionnement sur le terrain pour chacun d'entre eux et comment s'assurer qu'ils jouent ensemble. Le match contre Amiens n'est pas forcément révélateur, vu le faible temps de préparation à effectif complet, mais il nous offre quelques éléments de réponse.

Devinette


On commence par une petite devinette. Sur les trois captures de whoscored.com ci-dessous, on voit en orange les endroits du terrain où un joueur stéphanois (attaquant de gauche vers la droite) a touché le ballon. Sauriez-vous dire à quel joueur correspond chacune des images ?




La 1e semble correspondre à un milieu axial, la 2e à un ailier gauche (qui a permuté à droite à un moment donné) et la 3e à un milieu droit attiré par l'axe... La réponse ?



C'est Cabella ! Toujours et seulement lui. Les trois images correspondent aux premières 23 minutes, à l'intervalle entre la 23e et la 65e (l'entrée de Beric) et finalement au reste du temps réglementaire. En effet, vers la moitié de la 1MT, le jeu de l'ASSE a changé. Cabella, qui agissait auparavant comme un véritable meneur de jeu, a arrêté de chercher le ballon dans l'axe - il s'est contenté de rester cantonné dans son couloir gauche. Quand Beric est entré à la place de Salibur à la 65e, c'est Khazri qui a pris ce couloir gauche et Cabella est allé à droite, recommençant d'aller vers l'axe du terrain, comme en début de match. Au delà des endroits du terrain où Cabella a touché le ballon, c'est le nombre de fois qu'il l'a fait qui est aussi intéressant. Ainsi :
  • Les 23 premières minutes, l'ASSE a eu 66,8% de possession, dont 9,7% pour Cabella (plus que Khazri et Salibur réunis)
  • Les 42 minutes suivantes, l'ASSE a eu 68% de possession, dont 5,9% pour Cabella (moins que Khazri - 6,4%)
  • Les 25 minutes restantes, l'ASSE a eu 53,5% de possession, dont 8,8% pour Cabella (plus que Khazri, Diony et Beric réunis)
Pour faire simple, pendant la moitié du match Cabella est resté enfermé sur son côté, touchant rarement le ballon, jouant comme un vrai attaquant de couloir. Pendant le reste du match, il a quitté son couloir pour l'axe, cherchant et monopolisant le ballon, jouant comme un vrai meneur de jeu.

Mais l'animation offensive des Verts ne dépend pas entièrement du rôle et positionnement de Cabella. Deux exemples nous permettrons d'avoir une idée de ce que le staff technique a voulu mettre en place.


4-2-4 en 1MT


Les meilleurs situations pour comprendre les intentions initiales des entraîneurs se trouvent en début de période, quand les consignes sont fraîches. Le premier exemple commence avec une touche à hauteur de la ligne médiane à la 7e minute :


Kolo trouve Cabella, qui lui remet le ballon et le jeu est écarté vers Perrin. Le capitaine s'appuie sur Selnaes...


... qui lui le redonne. Perrin s'appuie sur Salibur qui décroche de son position d'ailier droit (et Khazri se projette dans l'espace laissé vide). La nouvelle recrue des Verts combine avec Debuchy dans le couloir...


... et comme le jeu penche à droite, l'idée est de changer de côté. Ça se fait via Selnaes et M'Vila :


Kolo est trouvé dans le couloir gauche et sur cette image on voit mieux les dispositions tactiques des deux équipes. Amiens joue avec 4 défenseurs et 5 milieux (4 alignés et un sorti en marquage sur Cabella). Les deux avant-centres stéphanois sont écartés (sur les latéraux adverses) et les deux "ailiers" (Cabella et Salibur) sont plus axiaux. Le latéral gauche de l'ASSE redonne le ballon à M'Vila ...


... et il s'appuie sur Cabella, qui avait décroché. Salibur fait la même chose et il reçoit le ballon à droite - les deux "excentrés" jouent clairement dans l'axe et n'hésitent pas à chercher le ballon bas. Khazri et Diony se déplacent dans la défense, le premier allant vers l'axe, laissant Debuchy monter haut aussi. Sans solution, Salibur se retourne et rejoue avec M'Vila, véritable plaque tournante pour les Verts :


À droite on trouve la paire Debuchy-Salibur, à gauche la paire Kolo-Diony, dans l'axe la paire Cabella-Khazri, qui font des appels complémentaires, un en profondeur, l'autre qui décroche. Il n'y a aucun espace entre les lignes de 4 et 5 Amiénois et M'Vila joue à gauche :


Un des milieux était sorti vers M'Vila, Cabella se place dans l'espace libéré. Il est trouvé par son latéral gauche, se tourne et ne combine pas avec Khazri et Salibur dans la défense, mais préfère une passe en retrait pour M'Vila - sa frappe est déviée en corner.


4-2-4 en 2MT


Comme les tableaux whoscored.com le montrent, pendant une bonne période Cabella a rarement décroché de son aile gauche pour chercher le ballon au milieu comme dans l'exemple précédent. Perrin l'annonçait à la pause, les Verts allaient passer plus sur les côtés que dans l'axe, ce qu'on peut voir dans cet exemple pris en début de la 2MT - le jeu reprend après un hors-jeu d'Amiens :


M'Vila joue avec Cabella, qui lui redonne le ballon - on aperçoit clairement le (4-)1-4-1 d'Amiens, avec une sentinelle entre les lignes, au marquage de Khazri, le "10" stéphanois. La circulation du ballon est très simple pour les Verts :


Selnaes et Cabella relayent le ballon parti de M'Vila pour lancer Kolo à gauche. Le latéral n'ose pas s'engouffrer et redonne le ballon à M'Vila, qui le garde un peu sur la ligne médiane en attendant une solution :


Khazri est allé se positionné dans la défense, comme Diony, Cabella et Salibur se trouvent sur la même ligne, très excentrés. Il ne reste aucun stéphanois entre les lignes adverses, la sentinelle adverse est au marquage... de l'arbitre. C'est Salibur qui décroche pour proposer une solution et il est trouvé par la belle passe de M'Vila :


Son appel attire le latéral et le milieu de ce côté, libérant le couloir pour Debuchy. Malheureusement, il met du temps avant de faire la passe (en plus en peu dans le dos du latéral) et donc le décalage n'est pas exploitable :


Debuchy joue en arrière avec Perrin, pendant que les 4 attaquants Verts se placent tous sur la même ligne, dans la défense adverse. Diony fait un appel vers le côté pendant que Salibur prend sa place et les deux sont visés par la passe du capitaine :


Le jeu est parfait, la passe casse la ligne des milieux, il reste plus que la défense, en 4-contre-4 avec les attaquants stéphanois. Salibur met un peu de temps à se retourner, il élimine son défenseur...


... et se trouve en position de centrer. Sauf que dans la surface il y a seulement Khazri. Diony s'était excentré pour combiner et Cabella n'a pas eu le réflexe d'un ailier ou l'envie de venir de son côté pour être à la réception du centre venant du côté opposé. D'ailleurs, le ballon va au deuxième poteau, d'où le défenseur peut le dégager tranquillement, sans être sous pression.



Conclusions


Peut-être que l'arbitrage (assisté par la vidéo ou pas) a failli lors de ce match, mais l'animation offensive des Verts n'a pas été au top non plus. A travers le rôle joué par Cabella, les Stéphanois ont alterné les approches tactiques : utilisation d'un meneur de jeu "unique" qui porte le ballon et cherche à orienter le jeu ou système avec plusieurs offensifs qui jouent ce rôle (des excentrés qui repiquent vers l'axe, des avant-centres qui décrochent). Peu importe l'approche, la clé du succès réside dans la coordination des courses et des appels, dans la fluidité des transmissions entre ces joueurs. Et c'est là où le jeu offensif de l'ASSE a failli, mais ce n'est pas surprenant, les automatismes entre ces joueurs ne pouvaient pas être en place à ce moment de la saison. Comment bien faire jouer ensemble les quatre joueurs à vocation offensive sera LE puzzle que le staff stéphanois devra résoudre pour bien réussir cette saison. Et le plus tôt, le mieux c'est, avant de laisser trop de points en route. Comme le match à Paris ne sera pas relevant tactiquement pour le reste de la saison, c'est lors du prochain match à domicile, dans moins de trois semaines, qu'on pourra mieux comprendre l'approche tactique envisagée par le staff et estimer les progrès effectués concernant l'animation offensive. D'ici là, place aux entraînements et à la création de ces automatismes offensifs...

dimanche 2 septembre 2018

Pau - RCT, 20-10 (Tuisova)

L'avant-match


Après le non-match à domicile la semaine dernière, les Toulonnais doivent se racheter, à Pau. Même s'ils enregistrent les retours des internationaux Belleau et Bastareaud et ils peuvent enfin aligner le deux recrues néo-zélandaises Messam et Saivea, la tâche ne sera pas facile. Les Palois ont aussi perdu le premier match et ils chercheront à se rassurer devant leur public. Du côté du RCT, au-delà du résultat, la manière comptera aussi, elle étant quasi-inexistante une semaine plus tôt...

Le match...


... commence sur d'autres bases que celui de la semaine dernière, avec le RCT qui produit du jeu. Une belle attaque à la 9e n'est pas conclue et les Toulonnais se font pénalisés au sol sur les 5m adverses, mais seulement quelques minutes plus tard Tuisova marque le premier essai de son club cette saison après une passe au dessus de la défense de son compère au centre (!), Belleau. Par la suite, les maux aperçus lors du match précédent commencent à réapparaître, des lancers en touche ratés (p.ex., 15e, donnant un essai adverse refusé pour en-avant de passe), mais surtout un festival d'en-avants gâchant régulièrement chaque offensive toulonnaise. A la 20e, après une touche dans le camp adverse et une longue action, à la 29e après une autre touche et un franchissement, à la 35e après une touche rapidement jouée et une attaque au large...

Mais ce n'est pas tout, pour ce match, le RCT a découvert un nouvel aspect du jeu à ne pas maîtriser, les rucks défensifs. Deux fois en fin de 1MT et une fois en tout début de la 2MT, le seul soutien était un trois-quart qui se faisait mangé par la poussée adverse. Des pénalités et un essai offert (mauvais dégagement au pied de Bonneval et mauvaise réception d'une chandelle par Nakosi et Messam) et Pau passe devant au score. Et les Toulonnais n'ont jamais pu y revenir. S'ils ont réussi une belle action en début de la 2e période (voire ci-dessous), ils ont continué à gaspiller leurs munitions avec des en-avants et des ballons perdus en contre-ruck (dont un après 2 minutes et 12 phases de jeu). Une statistique à 3 minutes de la fin montrait 5 en-avants pour Pau et... 10 pour le RCT. Mais ce n'était pas le dernier, qui est intervenu suite à une touche à 5m à la 79e, dernier espoir pour accrocher le bonus défensif. Comme un symbole.

L'action


En tout début de la 2MT, le RCT, mené de 4 points, est sous pression et n'arrive pas à sortir de son terrain. Mais sur une touche paloise à l'entrée des 40m toulonnais...


... le ballon va au-delà de l'alignement et Messam (7) le récupère. Il sprinte de suite et casse deux plaquages, arrivant ainsi à franchir sur plus de 20m :


Le ballon est vite sorti et envoyé vers l'aile droite, les trois-quarts le faisant circuler comme à l'école : Webb (9) - Carbonel (10) - Belleau (12) - Tuisova (13) - Nakosi (14). L'ailier ne joue pas avec Bonneval (15), mais il choisit de franchir à son tour, pour une bonne trentaine de mètres. La sortie est de nouveau rapide, Tuisova (13) envoyant R. Taofifénua (5) en percussion. C'est donc sur la ligne de 5m adverses que la dernière partie de l'attaque toulonnaise doit se construire :


Webb (9) sort pour Carbonel (10), qui a à ses côtés un paquet d'avants, mais qui savent jouer comme des trois-quarts : S. Taofifénua, servi par le demi d'ouverture, donne sur un pas à Ollivon, qui franchit et le ballon est vite sorti pour Etrillard, qui essaie de contourner la défense au large, sans y arriver :


C'est Carbonel (10) qui sort de nouveau le ballon et il envoie les avants (Onambélé - 6) pour une série de percussions sur la ligne de 5 mètres. Pendant 7 temps de jeu, les Toulonnais essayent de franchir avec un jeu à 0 ou 1 passes, mais n'y arrivent pas. Finalement...


... R. Taofifénua sort pour Ollivon, qui passe en force et aplatit.. sur la ligne, ou sur la main d'un défenseur - l'arbitrage vidéo n'est pas concluant et l'essai est refusé. Mêlée à 5, pénalité toulonnaise, touche à 5, pénalité de nouveau... et les 3 points sont choisis, pour recoller au score. Les derniers des Toulonnais dans ce match - ils n'ont pas su conclure cette belle action, qui aurait pu renverser le cours du match.

La suite


De retour à Mayol la semaine prochaine, les Toulonnais affronteront le champion en titre, Castres, qui a gagné ses deux premiers matchs. Et une deuxième défaite à domicile ne sera pas acceptée par les supporters, surtout qu'elle serait la troisième consécutive en championnat et installera clairement le RCT à la dernière place. On nous demande d'être patients, mais il commence à y avoir urgence de côté de la Rade, et c'est jamais bon signe, surtout que les joueurs, même si animés des belles intentions, montrent un manque de maîtrise inquiétant, au point de ne pas avoir l'impression de voir une équipe sur le terrain.