lundi 22 avril 2019

Reims - ASSE, 0-2 (Cabella)

Présents !


Après les victoires des concurrents directs plus tôt lors de la 33e journée, le match plein des Verts à Reims a montré qu'il faudra compter sur eux pour la lutte au podium et à l'Europe.

Le début du match n'a laissé aucun doute sur le plan de jeu des Stéphanois, qui ont tout simplement confisqué le ballon, affichant une maîtrise technique et collective impressionnante. 86% de possession après 10 minutes de jeu, avec les Rémois qui ont du attendre 6 minutes pour toucher un ballon dans la moitié adverse (et encore, pas très loin de la ligne médiane). Le message passé a été très clair : les Verts sont plus forts, ils contrôlent le match et son rythme, peu importe si c'est un match à l'extérieur. Ou, dans les mots de M'Vila, "on a fait l’une de nos meilleures premières mi-temps de la saison à l’extérieur".

Le match a eu trois phases distinctes. La maîtrise totale jusqu'à l'ouverture du score, avec 93% de passes réussies par l'ASSE (et 63% de possession). Le pied un peu levé par la suite, mais toujours en contrôlant le jeu (59% de possession et 83% de passes réussies), jusqu'au moment où on a creusé l'écart. Et un match plus équilibré ensuite, avec un peu plus de déchets qu'auparavant pour les Verts (52% de possession, 79% de passes réussies).

En guise d'exemple, regardons les actions qui ont précédé le premier but et suivi le deuxième. Mais avant, il faut souligner le système tactique et le positionnement de Cabella. Après avoir joué sur dans le couloir gauche contre Amiens et à côté de M'Vila contre Bordeaux, il a retrouvé son poste privilégié, en soutien de l'attaquant :


Un 4-2-3-1 qui devient 4-4-2 en phase défensive, du classique.


Avant d'ouvrir le score


Après 20 minutes de jeu, un long dégagement de Ruffier trouve Khazri :


Sa remise de la tête est récupérée par Cabella, qui passe à Aït Bennasser, qui écarte avec Debuchy. Les deux Stéphanois dans le couloir droit combinent...


... mais Hamouma choisit de jouer en arrière, avec Saliba. Le bloc adverse est en place, en 4-4-2 et on peut observer le très bon alignement de la ligne des "milieux" de l'ASSE, Kolo - Cabella - Aït Bennasser, Debuchy. Le deuxième décroche et il reçoit la passe de Saliba...


... avant de lui redonner le ballon, qui est ensuite écarté vers la gauche via Perrin et M'Vila. Le bloc rémois est très discipliné, la ligne de 4 milieux et celle de 2 attaquants coulissent de gauche à droite sans laisser le moindre espace. Cabella fait de nouveau un appel entre ces deux lignes...


où il est trouvé par M'Vila. Il combine ensuite avec Kolo à gauche, mais un adversaire s'interpose et le ballon sort en touche. La remise en jeu voit le ballon arriver de nouveau à Saliba, via Cabella :


Bloc toujours en place et le système de jeu des Verts en phase de possession est très clair : 3-2-4-1, avec M'Vila à gauche de la défense, Cabella et Aït Bennasser en relayeurs, Nordin et Hamouma axiaux pour laisser les couloirs à Kolo et Debuchy. Le problème est que les 6 derniers joueurs cités sont directement pris par des Rémois. Les 3 "défenseurs" stéphanois peuvent garder le ballon tranquillement, mais c'est difficile de le faire parvenir à l'avant-centre, isolé. A moins que...


... Khazri ne décroche pas, pour recevoir la passe de Saliba. Son contrôle est un peu long, un adversaire se jette et le fauche. Le 4-4-2 de Reims est toujours bien en place, mais les défenseurs n'ont absolument aucun adversaire direct à surveiller, les Verts préférant avoir du surnombre à d'autres endroits du terrain.

Khazri joue le coup franc rapidement pour chercher en profondeur Kolo, le ballon arrive au gardien et pendant quelques dizaines de secondes le Stade de Reims garde le ballon dans sa moitié du terrain. Et quand ils attaquent réellement...


... ils recherchent un joueur entre les lignes stéphanoises, mais son contrôle est raté et le ballon arrive à Ruffier. Qui le garde au pied pour calmer le jeu, avant de servir Saliba...


... qui trouve Aït Bennasser. Hamouma décroche...


... et il est servi. Il joue en une touche de balle pour Debuchy avant de lui proposer un une-deux dans le couloir. Mais le latéral droit préfère de jouer en arrière avec Saliba :


Même dispositif qu'avant, Aït Bennasser et Cabella sont les relayeurs. La passe du jeune défenseur trouve dans l'axe Nordin, qui remet à Cabella...


... qui écarte à gauche avec Kolo, avant de se projeter plus haut dans le même couloir. Les côtés changent mais se ressemblent, le latéral préfère jouer en arrière, avec M'Vila. Il trouve Nordin entre les lignes...


... et Saliba reçoit de nouveau le ballon. Hamouma décroche encore une fois...


... embarquant avec lui le milieu latéral. Il est servi, il joue à une touche avec Aït Bennasser, qui lui redonne le ballon : le une-deux a bien fonctionné, un adversaire est éliminé et enfin un décalage est créé :


Il profite à Debuchy, qui est servi dans son couloir et a le temps d'ajuster un centre pour Khazri et Nordin, sauf qu'un défenseur dégage de la tête. Le corner de Khazri est repris par Saliba au dessus de la barre. Et lors de la remise en jeu, le goal adverse joue d'abord à droite, on lui redonne le ballon, il joue à gauche... sur Khazri et les Verts ouvrent le score.


Après avoir plié le match


Les Verts ont ouvert le score suite à un pressing qui a poussé le gardien adverse à la faute. Et ils l'ont majoré en provoquant de nouveau des fautes techniques chez leurs adversaires. Cabella perd un ballon en duel contre un défenseur, mais se bat pour le récupérer - il y arrive, les Stéphanois combinent dans la surface avant qu'un défenseur dévie le tir de Khazri dans le but. Tout de suite après, à la 53e minute, le Stade de Reims construit une attaque contre le bloc en 4-4-2 de l'ASSE :


Un milieu est trouvé entre les lignes, il écarte à droite, où le latéral décide de jouer en arrière. Le même jeu à 3 est utilisé de nouveau...


... et le latéral centre dans la surface, où Debuchy dégage sans problème de la tête. Le ballon arrive à M'Vila, qui ne panique pas malgré le pressing de deux adversaires :


Il écarte avec Kolo, qui trouve Hamouma. Quand les Verts n'avaient pas le ballon, l'ailier droit était bien en place dans son couloir. Dès qu'ils l'ont récupéré, il a fait un appel pour déclencher le contre. Il est taclé par un défenseur...


... mais le ballon arrive à Cabella, qui écarte avec Nordin à gauche. Au fait, absolument tous les offensifs de l'ASSE sont de ce côté du terrain :


Nordin trouve Khazri, qui donne à Cabella, qui continue au long de la ligne de touche. Il joue avec Hamouma, qui joue en arrière avec Khazri :


Tous les défenseurs sont aspirés dans ce coin du terrain et le jeu doit être ouvert de l'autre côté. C'est fait par une passe en retrait pour Kolo :


Aït Bennasser demande le ballon et M'Vila et Saliba font aussi des grands signes - il est évident ce qu'il faut faire. Et les Verts le font proprement, Debuchy est lancé dans le couloir droit :


Son centre à destination de Hamouma et Khazri est capté par le gardien adverse. Pour le reste du match, les 4 offensifs stéphanois se sont fait plaisir à chaque récupération de balle, dézonnant beaucoup et combinant entre eux, comme dans cet exemple. Les sorties de Nordin (remplacé par Polomat), Khazri (par Diony) et Hamouma (par Vada) ont cassé ce jeu, surtout que le système a été changé, laissant plus que Cabella et Diony (parfois Vada aussi) en vrais offensifs.


Conclusions


Les exemples précédents ne montrent rien d'innovant tactiquement pour ceux qui suivent l'ASSE régulièrement. Le système en 4-2-3-1 est classique, tout comme l'animation offensive qui voit M'Vila en retrait à gauche, Cabella en relayeur, des ailiers qui piquent dans l'axe et des latéraux offensifs. Mais ce match sort de l'ordinaire par la force dégagée par cette équipe stéphanoise. Une maîtrise totale, non seulement technique ou collective, mais aussi dans la gestion des temps forts. Un match qui s'est déroulé en suivant parfaitement le scénario imaginé par le staff technique et un message clair envoyé aux autres concurrents pour l'Europe : il faudra bien compter sur les Verts.

mercredi 17 avril 2019

Grenoble - RCT, 19-18 (Saivea, Ikpefan)

L'avant-match


La très belle victoire contre Toulouse d'il y a une semaine a rendu tout le monde optimiste et des nombreux analystes considèrent que la période noire du RCT est passée. Les joueurs étaient en effet sur-motivés, mais il faudra confirmer cet état d'esprit à l'extérieur. Ce match chez un avant-dernier en quête de points sera très difficile et on pourra jauger si les Toulonnais ont réellement commencé à remonter la pente ou non.

Le match...


... commence très bien pour le RCT, qui mène 10-0 au bout de 7 minutes, après un drop de Belleau et un magnifique essai en première main (voire ci-dessous). Mais ensuite les Toulonnais commencent à se faire pénaliser, en mêlée, au sol et surtout sur des mauls. Ils subissent, ils encaissent un essai... mais marquent de nouveau un autre, très beau, par Belleau. Il est malheureusement refusé pour un coup de poing de Lakafia, qui lui vaut un rouge et qui représente le tournant du match.

Et comme R. Taofifénua a pris aussi un jaune pour un coup d'épaule juste avant la pause, toute la 2e période est très difficile. Les Toulonnais défendent bien, s'emploient comme ils peuvent, mais il subissent leur infériorité numérique. Néanmoins, à la 70e ils arrivent à passer devant, 18 à 16, suite à un essai d'Ikpefan. Mais Belleau rate la transformation et les deux points d'écart ne suffisent pas, une pénalité grenobloise dans les dernières minutes scellant le sort du match.

L'action


On joue depuis seulement quelques minutes et après un drop de Belleau, les Grenoblois tapent directement en touche - le RCT bénéficie d'une mêlée au centre du terrain :


On remarque le positionnement dans l'axe de la mêlée de Belleau (10), Trihn-Duc (12) et Pietersen (15), laissant Nakosi (14) seul à droite et Saivea (13) et Fekitoa (11) à gauche. Mais quand le ballon est sorti par Ollivon (8)...


... les joueurs se repositionnent. Belleau (10) va à droite et Trihn-Duc (12) à gauche - les deux demis d'ouverture offrent des possibilités, mais Webb (9) joue avec Pietersen (15), à la surprise générale. Les Grenoblois s'attendaient à du jeu à l'opposé, il y a un surnombre pour les Toulonnais de ce côté :


Pietersen (15) et Saivea (13) le joue très bien et Fekitoa (11) est lancé dans son couloir. La plupart des avants est toujours au sol dans la mêlée, sauf Ollivon (8) est debout et vient aider. La défense adverse coulisse bien...


... et Fekitoa (11) repique dans l'axe. Entre trois défenseurs, il arrive à passer les bras et donner à Ollivon (8), qui a parfaitement suivi. Et il n'est pas le seul, quand il est mis au sol à son tour...


... la passe après contact trouve Saivea (13), qui n'a plus qu'à renverser un défenseur et battre à la course un autre pour aplatir.


La suite


Il faut le reconnaître, les Toulonnais ont essayé, l'état d'esprit était bien présent. Et le jeu développé était pas mal, des relances à la main, des passes après contact. Le match a été perdu sur l'indiscipline, les cartons et les nombreuses pénalités. Et comme d'habitude depuis 4 ans, il n'y a pas de demi-finale européenne pour le RCT, donc c'est une semaine de vacances avant de recevoir Bordeaux et se déplacer à La Rochelle.

lundi 15 avril 2019

ASSE - Bordeaux, 3-0 (Khazri, Debuchy x2)

On regarde en haut


La victoire contre Bordeaux représente le quatrième match consécutif sans défaite pour les Verts, qui sont bien entrés dans le sprint final. Et qui commencent à regarder vers la troisième place...

Même si diminué par les absences, l'adversaire du jour avait sèchement battu une semaine plus tôt un concurrent direct, Marseille. Le match ne s'annonçait donc pas comme une simple formalité et il a été pris au sérieux par les joueurs et le staff. Si les Girondins ont réussi à faire déjouer les Verts pendant un moment, la différence de qualité, technique et tactique, était bien présente et peu à peu les Stéphanois ont pris le dessus sur leurs adversaires. Dans les mots de Jean-Louis Gasset, "cette victoire, on l’a construite. On a souffert en première mi-temps parce que Bordeaux nous a imposé un pressing très haut et on arrivait moyennement à s’en sortir (...) Par contre, en deuxième mi-temps, on a eu la maîtrise du jeu". Mais avant d'illustrer ceci avec quelques exemples, regardons de plus près le système tactique utilisé.

Système de jeu


Comme à son récente habitude, Bordeaux a évolué avec une défense à 3, dans un système 3-4-3...


... et le staff stéphanois a fait le choix de répondre en utilisant le même système. Sans Vada (pas qualifié contre son club prêteur) et Aït Bennasser (pas prêt physiquement pour tenir tout le match), c'est Cabella qui a été positionné en milieu axial, à côté de M'Vila.

Ce 3-4-3 des Verts est différent du système utilisé en janvier-février (pendant l'absence de Debuchy et la présence de KMP et Silva), surtout au niveau des offensifs, comme nous le verrons plus tard. Les changements effectués pendant la 2MT n'ont rien altéré, le système tactique a été préservé :


A la 75e, juste après le but du 2-0, Polomat est entré à la place de Nordin. Et Aït Bennasser a pris la place de Cabella, qui a pris celle de Khazri, qui a pris celle de Beric, qui est sorti. Mais le système n'a pas changé. Et le dernier changement a été du poste pour poste, Diony pour Khazri :


Les Girondins avaient passé en 4-2-4 à la fin, pour essayer de réduire le score, sans succès.


Pressing et jeu sur les côtés


Si en janvier-février on parlait d'un 3-4-1-2 pour les Verts, avec donc un offensif en soutien de deux attaquants, les trois offensifs contre Bordeaux étaient plutôt sur la même ligne. Ce détail à son importance, comme nous le verrons lors de deux exemples - avec aussi un passage sur le pressing adverse auquel Jean-Louis Gasset faisait référence.

A la 5e minute, Ruffier joue avec Saliba :


Les deux systèmes sont bien en place, le 3-4-3 stéphanois contre le 5-2-2 bordelais, un de leur attaquants étant aux soins au bord du terrain. Quand les défenseurs commencent à se faire des passes, le pressing adverse se déclenche :


Kolo reçoit le ballon et il est immédiatement cherché par un attaquant. Il échange avec M'Vila...


... mais un milieu axial vient aussi, enfermant ainsi le jeu dans ce coin du terrain. De plus, il y a un marquage individuel sur Cabella. Sans solutions, Kolo essaye une balle lobée au long de la ligne, mais ça sort en touche. Un mauvais contrôle girondin redonne la possession à l'ASSE et Kolo remet en jeu en jouant avec Cabella :


Bordeaux se trouve de nouveau à 11-contre-11, le pressing est haut et Cabella écarte avec Saliba...


... qui porte le ballon vers la droite, où Debuchy attend. Comme toute à l'heure, dès qu'un défenseur central excentré a le ballon, un attaquant va au pressing. Mais Saliba ne panique pas...


... et combine avec Cabella, qui avait traversé toute la largeur pour lui offrir une solution... et en même temps se défaire du marquage. Un une-deux et le pressing est déjoué, Saliba peut monter balle au pied, surtout que devant lui se trouvent Debuchy et Hamouma. Il sert le premier :


La défense à 5 de Bordeaux est en place, mais le latéral gauche (normalement en charge de Debuchy), doit sortir sur Hamouma, qui le dribble. Le décalage est fait :


Hamouma sert en profondeur Beric, qui écarte avec Debuchy. Les deux derniers défenseurs surveillent Khazri, dans l'axe, pendant que Nordin arrive libre au 2e poteau. Malheureusement, son tir n'est pas cadré.


Si normalement dans un système à 3 défenseurs les couloirs sont pour les pistons, deux des 3 offensifs stéphanois ont eu comme consigne de s'excentrer aussi. Ce qui a permis donc aux Verts de créer du surnombre sur les côtés, comme dans cet autre exemple, à la 26e :


Ça commence à droite, avec une touche de Debuchy pour Cabella et un ballon remis en arrière à Saliba. Sans être impressionnés par les trois attaquants adverses, les Stéphanois font circuler le ballon :


Le latéral gauche girondin monte près de son adversaire direct, Debuchy. Comme Khazri est collé à la ligne de touche aussi, toute la défense adverse coulisse vers la gauche, ce qui laisse Hamouma et Nordin seuls de l'autre côté. Saliba et M'Vila gardent leur calme malgré le pressing adverse...


... et le dernier écarte le jeu avec Kolo. Les transmissions ne sont pas très rapides, les Bordelais se remettent en place :


Ballon chez un défenseur central excentré stéphanois, donc pressing d'un attaquant. Ballon arrivé chez le piston, donc sortie du latéral adverse. Et Hamouma, excentré, qui plonge dans son dos. Nordin élimine son adversaire direct...


... et combine avec Hamouma pour éliminer un défenseur central. Le une-deux est très bien joué et Nordin arrive dans la surface :


Son centre est contré par un défenseur : il y avait très peu de soutien, seulement Beric se trouvait dans la surface - Khazri et Debuchy, pourtant bien placés de l'autre côté sur l'image précédente, n'ayant pas suivi.


Les chiffres ne disent pas tout


Le coach stéphanois parle d'une différence significative entre les deux périodes, avec beaucoup plus de maîtrise pour les Verts après la pause. Généralement ce genre de différence est visible dans les chiffres, dans les statistiques de base, mais ce n'est pas le cas ici. En 1MT, 50-50 de possession, 77% passes réussies par l'ASSE et 79% pour Bordeaux. Plus de tirs pour les Stéphanois (7 à 3), mais égalité pour les tirs effectués dans le jeu, de la surface (2 chaque). Bref, équilibré. En 2MT, 51-49% possession, 81-80% passes réussies, une différence importante aux tirs (10 à 2), mais un seul tir (à zéro) dans le jeu de la surface.

Ces chiffres indiquent donc deux périodes qui se ressemblent. En partie, parce qu'il s'agit d'une moyenne. C'est une toute autre histoire si on regarde des moments en particulier, comme par exemple le retour des vestiaires. Entre le début de la 2MT et le moment où le ballon touche la main d'un adversaire pour le penalty stéphanois, les Verts affichent 73% de possession et réussissent 84% de leurs passes, pendant que leurs adversaires en ratent plus d'une sur deux (47%) ! Une sacrée différence avec la moyenne, qui montre tout simplement que les Stéphanois ont emballé le match après la pause pour provoquer l'ouverture du score.


Quand on voit que tous les buts sont marqués sur CPA (penalty ou corners), on peut en déduire que la différence n'a pas été faite dans le jeu. Mais c'est différent si on s'intéresse à comment ces CPAs ont été obtenus. Pour le premier on a démontré à base des chiffres une large domination dans les minutes qui le précèdent. Pour le deuxième, il vaut mieux regarder le match :


Bordeaux a la possession et construit une attaque à droite. Le bloc 5-2-3 stéphanois est en place, Nordin sort sur son adversaire direct, un des trois attaquants reçoit le ballon dans son dos. Il est bien enfermé sur ce côté, mais il arrive à passer le ballon à un coéquipier...


... sauf que Perrin jaillit et récupère la balle dans ses pieds, avant de servir Khazri plus haut. Un contre démarre avec Cabella, décalé à gauche...


... qui porte un peu le ballon avant de servir en profondeur Hamouma, auteur d'une très longue course. Il arrive en position de centre et dans la surface...


... Beric se trouve en un-contre-un, une situation très à son avantage. Cabella et Khazri se projettent aussi, mais Hamouma préfère temporiser et finalement jouer en retrait, avec Nordin :


Le ballon arrive à M'Vila et comme Debuchy est complètement libre du côté opposé, on peut s'attendre à une transversale. Elle n'arrive pas, c'est Saliba qui est recherché par la passe. Lui non plus ne joue pas avec Debuchy...


... et joue avec son capitaine, qui écarte avec Kolo. Les Verts gardent le ballon et font courir leurs adversaires, qui reforment leur bloc défensif, mais pas très bien :


5-2-3 en place, mais pas les milieux, loin de leurs adversaires directs. M'Vila et Cabella en profitent naturellement : ils combinent dans l'axe et le dernier se retrouve face au jeu et à la défense. Les appels sont bons : Hamouma va vers l'axe, amenant le latéral avec lui, laissant donc le couloir à Nordin, qui est servi et qui centre :


C'est repoussé par un défenseur et les Bordelais mettent le pied sur le ballon en essayant de le garder et d'en sortir proprement. Ça vaut le coup de regarder à la fois le positionnement de Debuchy (au 2e poteau à l'entrée de la surface au moment du centre) et d'un attaquant girondin, libre dans l'axe, prêt pour un contre. Parce que 9 secondes plus tard, quand le ballon est enfin sorti de cette zone...


... Debuchy avait parfaitement anticipé le jeu ! Il intercepte donc la passe et comme Cabella se projette de nouveau, il le sert :


Hamouma, Khazri et Beric sont maintenant très axiaux et Cabella peut s'appuyer sur eux. Il essaye un une-deux avec le premier, mais un défenseur s'interpose. Et quand il essaye de sortir le ballon en s'appuyant sur un attaquant...


... c'est l'autre piston, Nordin, qui est présent et qui récupère le ballon ! Il cherche une solution de passe, qui vient de la part de Cabella :


Servi, il entre dans la surface, mais son centre à destination de Beric est contré : corner, et Debuchy marque son premier but de la soirée. Un but qui vient donc sur un CPA, mais qui n'était que la suite d'une longue action, qui a vu les Girondins assiégés dans leurs 30m, incapables d'en sortir.



Conclusions


Un système de jeu plutôt inhabituel - mais bien calé sur celui de Bordeaux - et des joueurs pas vraiment à leur place (Cabella en milieu défensif, Nordin en latéral gauche). Des éléments qui auraient pu avoir une incidence sur le déroulement du match, surtout que les adversaires n'ont pas fait des cadeaux avec leur pressing haut. Mais les Verts ont su accélérer et hausser le niveau quand il fallait, poussant les Bordelais à la faute. Et finalement le match s'est fini avec une large victoire qui non seulement permet aux Stéphanois de conserver l'avance sur leur poursuivants, mais aussi se rapprocher de leur vilain voisin. Dans les mots de Jean-Louis Gasset, "on regarde en bas, on a deux points d’avance. On regarde en haut, on a trois points de retard". C'est une course aux places européenne qui sera serrée jusqu'au bout et si on peut fait tous les calculs qu'on veut, le plus important c'est de bien aborder les matchs qui restent, les uns après les autres. Et ce match en a été un très bon exemple.

mardi 9 avril 2019

RCT - Toulouse, 25-10 (Pietersen, Fekitoa x2)

L'avant-match


La délocalisation annuelle au Vélodrome n'est pas forcément le meilleur choix cette saison. D'un côté, on a des Toulonnais en roue libre, sans aucun enjeu pour cette fin de championnat. De l'autre, un ogre toulousain qui archi-domine le Top 14, invaincu depuis des nombreux mois, qui vient de se qualifier en demi-finales européennes. Bref, on peut s'attendre à un match très difficile pour le RCT...

Le match...


... démarre plutôt bien pour les Toulonnais, qui profitent de plusieurs pénalités pour avancer et ouvrir le score. Mais c'est lors des longues séquences toulousaines qu'on se rend compte de l'état d'esprit des joueurs du RCT : des morts de faim qui s'envoient comme des malades en défense, laissant rien passer. Et l'action qui précède le premier essai du match en est le parfait exemple (voire plus bas). Un jeu au pied très bon tient les joueurs du Stade loin et les Toulonnais n'hésitent pas à aussi envoyer du jeu malgré la pluie, comme ce magnifique essai parti de leurs 22m après un turnover. La 1MT se finit avec un jaune pris par Tuisova pour un plaquage haut, mais avec un score de 15 à 3.

La 2MT débute avec un bon choix tactique du RCT, qui oblige les Toulousains à rester dans leur moitié jusqu'au retour du centre fidjien. Le tournant du match intervient à la 53e, quand une bagarre éclate et Fresia reçoit un carton rouge, ce qui impose donc aux Toulonnais de jouer quasiment toute la 2e période en infériorité numérique. La défense est toujours héroïque et après un drop de Carbonel contré, une mêlée à 5m permet à Fekitoa de marquer un doublé et au RCT de récupérer provisoirement le bonus offensif. Qui est finalement perdu dans les dernières minutes, les joueurs ayant enfin craqué après des longs moments passés à défendre dans leurs 22m. Néanmoins, une large victoire pour faire tomber le leader du championnat, le tout avec la manière, surtout au niveau de l'envie.

L'action


On joue la 13e minute et les Toulousains bénéficient d'une touche à l'entrée de leurs 22m :


Alignement complet, un maul se forme et avance sur quelques mètres. Mais les Toulonnais poussent bien...


 et arrivent à le sortir en touche. Le lancer d'Etrillard (2) est magnifiquement capté par Ollivon (8) :


Il sert de suite Meric (9), qui écarte avec Carbonel (10) :


Même si Fekitoa (11), son ailier, est dans son dos, le jeune demi d'ouverture préfère y aller tout seul, fixant la défense. Meric sert Taofifénua (5) qui avance quelques mètres. Le demi de mêlée sort de nouveau rapidement...


... pour son pilier Setiano (3), qui fixe la défense à son tour. Le jeu se déplace peu à peu vers la droite, où l'attaque se met en place, avec Pietersen (15), Tuisova (13), Carbonel (10), Messam (6) et Nakosi (14). Mais certains se consomment dans le ruck et les Toulonnais sont en infériorité numérique quand Carbonel est de nouveau servi par Meric (9) :


Alors le demi d'ouverture inverse le jeu et essaye de contourner les joueurs au sol par la gauche. Il est plaqué, mais Alainu'uese (4) récupère le ballon et fixe la défense. L'attaque se prépare de nouveau à droite...


où Meric (9) trouve Carbonel (10) pour la troisième fois depuis le début de l'action de 5 temps de jeu. Les toulonnais sont toujours en infériorité numérique sur ce côté, à 3 (Carbonel - 10, Pietersen - 15 et Nakosi - 14)  contre 4 :


Mais le demi d'ouverture fixe deux défenseurs et sa passe trouve son arrière qui arrive lancé. Et dans son duel face à face avec le 15 adverse, Pietersen le renverse et marque le premier essai du match en force.

La suite


Le RCT n'a gagné qu'une fois à l'extérieur en Top 14 cette saison, chez le dernier. Un exploit à rééditer chez l'avant-dernier, Grenoble ? Pas forcément facile, leurs prochains adversaires ont 5 points de retard sur le premier non-relégable, ils viennent de gagner à domicile contre Paris, ils vont vendre leur peau très cher. Ça sera comme d'habitude une question d'état d'esprit : celui montré par les Toulonnais contre le Stade Toulousain a été impeccable, mais est-ce qu'ils pourront et voudront y mettre les mêmes ingrédients ?