mercredi 11 avril 2018

Racing - RCT, 17-13 (Fekitoa)

L'avant-match


Le RCT n'a plus que le championnat à jouer et il ne doit donc pas rater la qualification pour les phases finales. Mais les 4 dernières rencontres qui lui restent ne sont pas faciles, surtout que pour jouer un barrage à domicile, il faudra probablement gagner 3 matchs, dont un à l'extérieur. Le déplacement au Racing est le plus difficile et il est peu probable que les Toulonnais y arrivent, surtout en laissant au repos certains joueurs (Isa, Lakafia, Tuisova).

Le match...


... est très disputé, les contacts sont rudes. Les Toulonnais ont d'abord eu du mal à sortir de leur moitié, mais ils l'ont fait par la suite et à la 11e un beau essai au large d'Ashton est annulé à la vidéo (pieds en touche). Le RCT a quand-même la possibilité de prendre le devant au score, mais deux pénalités sont manquées à la 12e et la 13e - la dernière était très difficile, c'est surprenant de l'avoir tenté. Le Racing marque le premier essai à la 23e après une mêlée et trois plaquages manqués par les Toulonnais, qui ripostent dès la remise en jeu et un long mouvement conclu par l'essai de Fekitoa, qui se blesse sur l'action. La 1MT finit ainsi sur le score de 10-10, qui reflète bien l'équilibre entre les deux équipes.

L'entame de la 2e période est catastrophique pour le RCT, Trihn-Duc trouve enfin la touche... mais sur le coup d'envoi, et sur la mêlée qui suit, le Racing marque un autre essai, en première main. A partir de ce moment-là, les Toulonnais ont couru après le score, se rapprochant très souvent de marquer un essai, mais ne parvenant pas. Le score est réduit à 17-13 à la 54e et par la suite, le choix a toujours été de prendre une touche ou une mêlée à chaque fois qu'une pénalité était sifflé contre le Racing. Et elles ont été nombreuses, le RCT a dominé (61% possession, 56% occupation, le double du temps passé dans les 22m adverses), mais n'a jamais su profiter de ses lancements de jeu pour marquer l'essai de la gagne.

L'action


Il reste 15 minutes à jouer et le RCT, mené de 4 points, bénéficie d'une pénalité facile dans le camp du Racing. Tout le mode s'attend aux 3 points, mais les joueurs décident d'aller en touche :


Trihn-Duc (10) trouve la touche à 10m de l'en-but et le lancer d'Etrillard (2) est dévié par Kruger (5) pour Tilous-Borde (9) :


La déviation n'est pas propre, le demi de mêlée ne peut pas bien sortir la balle. Un gros ruck se forme et pendant 15 secondes rien de ne passe. Finalement c'est Attwood (4) qui sort le ballon pour Manoa (6)...


... qui va tout droit. Tout comme Gorgodze et ensuite Fresia (1), c'est un jeu à 0 passes :


Un jeu dans lequel les Toulonnais n'ont pas l'avantage, les joueurs du Racing étant très puissants. Le pilier du RCT laisse tomber le ballon et les adversaires écartent vite vers l'extérieur :


Le ballon est dégagé loin...


... jusqu'à dans les bras de Radradra (11). Qui, malgré la présence de Bonneval (15) et Trihn-Duc (10) décide d'aller tout droit, s'empalant dans la défense. Tilous-Borde (9) sort le ballon :


Les trois-quarts commencent à se retrouver en place, mais c'est le premier bloc d'avants qui est servi, avec Gorgodze (7) qui fixe une fois et ensuite c'est enfin du jeu pour les arrières :


Le demi d'ouverture reçoit le ballon, mais au lieu de faire jouer autour de lui, il s'empale dans la défense, obtenant quand-même une pénalité pour un plaquage haut. Comme l'avantage ne donne rien, l'arbitre revient à la pénalité. Qui n'est pas tentée, les Toulonnais vont en touche et sur le lancer ils pilonnent un peu avant de faire un en-avant. Et ainsi de suite jusqu'à la fin du match...

La suite


Le dernier joker du RCT a été épuisé, maintenant un parcours presque parfait est nécéssaire pour garantir un barrage à domicile. Ce qui veut dire qu'il y a une forte pression sur les Toulonnais pour la réception de l'impressionnant leader Montpellier, délocalisée en plus. Les calculs pour le classement final seront faits après ce match, en sachant qu'à l'heure actuelle tout est possible, d'une demi-finale directe à ne pas être qualifié du tout. 

dimanche 8 avril 2018

ASSE - PSG, 1-1 (Cabella)

Une question d'envie


Retour en images sur la merveilleuse première période des Verts contre Paris, alliant envie et maîtrise technique et tactique.


1-1 contre Paris en se faisant égalisé à la dernière seconde... est-ce un bon ou un mauvais résultat, est-ce un point de gagné ou deux de perdus ? Ce débat partage les supporters, mais la qualité de la prestation stéphanoise lors de la première période rend tout le monde unanime : les Verts ont surclassé les Parisiens dans tous les aspects du jeu, et quelques statistiques sont très parlantes. L'ASSE a tiré 10 fois, contre une seule fois pour les adversaires (tard, à la 39e, de très loin et pas cadrée). Les Parisiens ont commis 10 fautes, contre une seule pour les Verts, un duel aérien offensif de KMP, ils ont pris 4 jaunes (dont deux pour le même joueur) et ont concédé un penalty.

Il ne semble pas exagéré de dire que les Stéphanois ont écrasé leurs adversaires en 1MT et les ingrédients ont été à la fois une grande envie et une approche tactique parfaitement adaptée à ce match. C'est cette approche qui sera décrite dans la suite de cet article, à travers 3 exemples présentés en ordre chronologique inverse, comme lors de l'analyse précédente

Un exemple...


Juste avant la pause, l'ASSE bénéficie d'un coup franc dans ses 30 mètres. Les Parisiens, en infériorité numérique, sont disposés sur trois lignes - 4-3-2 :


Les Stéphanois se trouvent sur trois lignes aussi : 4-3-3, mais avec des joueurs pas forcément à leur place. Comme à leur habitude, les 4 de derrière sont les deux défenseurs centraux et les deux milieux défensifs, pendant que les deux latéraux se trouvent plus haut, sur la même ligne que Cabella. Pour proposer une solution de passe à Perrin, Selnaes sort de sa ligne, reçoit le ballon, le rend, et finalement les Verts passent par Ruffier.


Les 5 Parisiens (tous sauf les 4 défenseurs) essayent d'enfermer les Stéphanois, pendant que M'Vila, complètement seul sur son côté gauche, fait des grands gestes pour demander le ballon. Il le reçoit via Selnaes, servi par Ruffier malgré le pressing adverse, et le donne ensuite à Cabella. Les Verts ont un grand espace à leur disposition et ils en profitent :


Cabella peut remonter une vingtaine de mètres balle au pied sans être attaqué et plusieurs options s'ouvrent devant lui : Gabriel Silva, Hamouma, KMP et Bamba. Ces appels en profondeur obligent les défenseurs de reculer et ce n'est jamais un bon signe pour une équipe de devoir défendre en reculant.


C'est le latéral gauche qui est servi, il temporise, avant d'essayer de lancer Hamouma en profondeur, dans la surface. La passe est interceptée par un défenseur, qui donne le ballon à un de ses milieux, qui n'a même pas le temps de se retourner...


... que M'Vila surgit pour récupérer la balle. Il la donne à Bamba, qui écarte à droite, où Debuchy est complètement seul. Pour la conclusion de l'action, le latéral redonne à Bamba dans l'axe, qui tire de loin et le ballon est dévié en corner. Ce n'était pas un contre stéphanois, l'action part d'un coup franc, mais les Verts se sont si facilement défaits du pressing adverse, qu'ils ont vite eu devant eux seulement des défenseurs en difficulté, abandonnés par leurs milieux et en train de reculer.

... un deuxième ...


On pourrait croire que l'exemple précédent est une conséquence du carton rouge parisien, mais des situations similaires ont pu être aperçues auparavant aussi. Par exemple, à la 23e, un centre de la gauche est repoussé par M'Vila :


Les Stéphanois étaient bien en place, les 8 éléments défensifs (4 défenseurs et 4 milieux) se trouvent dans leur surface, laissant seulement Bamba et Cabella en attaque. C'est le premier qui récupère le dégagement...


... il se retourne et lance Cabella pour un contre. Le meneur de jeu stéphanois est marqué de près par le milieu défensif adverse et sous son pressing, il est obligé de faire demi-tour :


Il joue avec Perrin, qui lance Debuchy, qui joue avec Selnaes. Les Parisien étant bien replacés, le contre est fini, alors les Verts doivent reconstruire une attaque :


Selnaes, Ruffier, Perrin, on fait tourner le ballon dans la défense pour que tout le monde se mette en place... et pour aspirer les adversaires :


Cabella, suivi toujours de près par la sentinelle adverse, décroche pour échanger des passes avec son capitaine. Ça a le don d'attirer les Parisiens, qui se retrouvent à 6 dans les 30 mètres stéphanois (laissant donc les 4 défenseurs sur la ligne médiane), en train de presser. Et comme dans l'exemple précédent, M'Vila se retrouve en latéral gauche, tout seul, faisant des grands gestes pour avoir le ballon pendant quelques secondes. KMP est complètement libre dans l'axe et Gabriel Silva - pas sur l'image - apporte un surnombre encore plus important dans ce grand espace à gauche.


Perrin joue avec Selnaes, comme si le pressing adverse n'existait même pas, qui joue en retrait avec Ruffier. Ce n'est pas M'Vila qui est servi, même s'il aurait du, mais Bamba :


Il y avait un tel espace entre les lignes parisiennes, que le jeune Stéphanois n'a aucun problème à réceptionner la longue passe - un défenseur pense à le chercher, mais il part de loin et arrive trop tard, Bamba combine avec Debuchy...


... qui s'appuie sur lui pour un un-deux dans le couloir...


... et qui le trouve de nouveau entre les lignes. Les appels en profondeur, de KMP dans l'axe et Hamouma dans le couloir droit, font de nouveau reculer les défenseurs, qui doivent jouer le dos au ballon. Le jeu semble être à droite, où Hamouma est déjà passé devant son défenseur, mais il ne faut pas oublier l'autre couloir et le joueur invisible sur les images précédentes :


C'est bien Gabriel Silva, complètement libre, qui reçoit le ballon et les Verts attaquent à 5, contre un nombre égal de défenseurs. Le latéral gauche a le temps d'avancer un peu et bien préparer son centre, qui trouve KMP dans la surface, mais malheureusement sa reprise de la tête est trop molle et n'inquiète pas le gardien adverse.  

... et un troisième


Les deux exemples précédents montrent comment les Verts se sont défaits du pressing haut adverse pour se retrouver ensuite en position de supériorité tactique dans la moitié adverse (balle au pied, face au jeu, contre une défense qui recule). Mais le plus beau exemple dans ce genre intervient quelques minutes plus tôt :


Remise à 5 mètres 50 pour Ruffier, qui joue avec Subotic à gauche. Le pressing des 4 Parisiens est déjoué dans seulement 3 passes et M'Vila peut avancer avec le ballon tranquillement :


Il sert Bamba, qui a le temps de se retourner, tellement il y avait de la place entre les lignes adverses. Et comme Hamouma et KMP font les appels en profondeur qu'il faut...


... la défense se retrouve de nouveau en train de reculer, laissant Bamba avancer et chercher une solution de passe. S'il avait servi Hamouma en profondeur pour un face-à-face avec le gardien et une probable ouverture du score, ça aurait été un des plus beau buts collectifs des Verts, qui auraient traversé toute l'équipe adverse en seulement 6 passes. Bamba n'ose pas la passe en profondeur, il temporise et sert Cabella en retrait, avant de se projeter dans l'axe :


Cabella ouvre à droite pour Debuchy et se projette aussi :


Le titre de cette analyse parle d'envie, parce que la différence entre l'image ci-dessus et la suivante est saisissante : quand le ballon est dans les pieds de Debuchy, il y a plus de défenseurs que d'attaquants et la sentinelle est à côté de Cabella. Et quand il arrive dans la surface...


... il y a trois Stéphanois entre seulement deux adversaires, sans compter Hamouma seul au 2e poteau, et l'ouverture du score est logique.

Conclusions


Les joueurs stéphanois n'arrêtent pas de souligner les mérites tactiques de leur entraîneur, qui leur décrit exactement comment le match va se dérouler, qui lit donc très bien l'adversaire. En occurrence, Jean-Louis Gasset avait bien compris que les Parisiens allaient pratiquer un pressing haut, mais qu'ils n'aiment pas défendre, qu'ils ne savent pas proposer un bloc équipe. Donc quand les Verts, avec beaucoup d'envie et très à l'aise techniquement, arrivaient à se défaire du pressing adverse, ils se retrouvaient de suite dans des situations très intéressantes. Ils en ont profité et ont ainsi produit une merveilleuse première période - ce n'est pas donné à tout le monde d’écraser à ce point le leader du championnat.

vendredi 6 avril 2018

Munster - RCT, 20-19 (Ashton)

L'avant-match


C'est la 6e saison consécutive de Coupe d'Europe pour le RCT et la 6e fois qu'il se qualifie pour les phases finales. Mais lors des trois premières fois, ça a été fait en tant que premier de sa poule, avec la compétition gagnée au bout. Depuis, les Toulonnais se sont qualifiés seulement en tant que deuxièmes et se sont fait sortir lors du quart de finale à l'extérieur... Jusqu'à cette année, ou le déplacement le Munster sera enfin l'exception qui permettra au RCT de jouer de nouveau une demi-finale ou mieux ?

Le match...


... a eu des moments très déséquilibrés, mais en alternance des deux côtés. C'est le RCT qui a commencé très fort, avec ce qu'aurait du être un essai de pénalité dès la 1e minute. Une très large domination, avec 93% d'occupation après 9 minutes et seulement 6-0 après un quart d'heure, les Toulonnais avaient du mal à concrétiser leurs temps forts. La faute probablement à un alignement très fébrile - le Munster se faisait souvent pénaliser, mais volait la moitié des lancers de Guirado... Un des tournant du match est intervenu à la demi-heure de jeu, avec un essai plus que casquette accordé pour les Irlandais après 5 minutes d'arbitrage vidéo. Cet essai à fait mal aux Toulonnais, qui ont subi le reste de la 1MT, entrant aux vestiaires menés 10 à 6.

C'est le Munster qui démarre fort la 2e période, campant dans la moitié toulonnaise (92% après 15 minutes en 2MT), mais sans trop se distancer au score, une seule pénalité marquée. Le réveil du RCT vient suite à une belle action (voire plus bas), malheureusement pas conclue. Et même si Trihn-Duc ne trouve pas la touche sur une pénalité à la 63e, les Toulonnais, qui avaient de nouveau pris largement le dessus sur leurs adversaires, marquent l'essai qui les met devant au score, 16 à 13 avec 15 minutes à jouer. Les dernières minutes trouvent les Irlandais dans les 10m des Toulonnais, qui défendent des mauls, des mêlées et qui récupèrent le ballon... avant que Trihn-Duc rate son dégagement, ce qui permet au Munster de marquer un essai assassin, qui scelle le sort du match, 20-19.

54' 92% occup M, P sur M T 40, 13-6, on touche le fond

L'action


Entre la 15e et la 55e minute, le RCT a pris un 13-0 et on aurait pu croire que le moral est au plus bas.  Mais dès la remise en jeu, la machine toulonnaise se met en route :


Le coup de pied de Trihn-Duc est court et récupéré par les Toulonnais. Escande (9) sort pour Ashton (15), qui essaie de passer après contact à Isa (7), mais le ballon s'échappe vers l'en-avant. Les Irlandais se dégagent au pied...


... jusqu'aux dans les bras de Radradra (11), qui va tout droit, sans essayer la moindre passe. Le RCT doit reconstruire une attaque :


Escande (9) sort pour Trihn-Duc (10), qui lance Isa (7) pour un premier point de fixation. De nouveau la charnière toulonnaise...


... et le demi d'ouverture fixe la défense avant de servir Nonu (12), arrivé lancé. Un très bon surnombre au large pour le RCT, avec Bastareaud (13), Lakafia (6) et Tuisova (14), mais le centre n'arrive pas à passer après le contact et il est mis au sol. Même si la défense s'est replacée...


... le ballon est quand-même envoyé à l'aile de Tuisova (14), qui essaye quand-même de percer, sans succès. Une fixation de Chiocci et une de Vermeulen plus tard, Escande (9) sort le ballon...


... pour Trihn-Duc (10), qui lance Nonu (12). Le centre fixe la défense ...


... ce qui décale à gauche Bastareaud (13) et Radradra (11). C'est l'ailier qui est servi, il essaye de déborder en vitesse le dernier défenseur, mais il est plaqué à côté de la ligne de touche. Les Irlandais arrivent à taper dans le ballon...


... mais il arrive dans les bras de Trihn-Duc (10), qui lance Attwood (5) pour une première nouvelle charge. C'est le tour de van der Merwe (3)...


... et ensuite de Vermeulen (8), pour bien attirer et fixer la défense sur la droite. Quand le sens du jeu est inversé, le ballon d'Escande (9) est pour Tuisova (14), qui arrive enfin à franchir la ligne de défense :


Il passe après contact à Taofifénua (5), qui avance encore un peu avant d'être mis au sol. La libération est rapide...


... pour faire jouer les trois-quarts qui sont à gauche. Trihn-Duc (10) sert Ashton (15), qui fixe le dernier défenseur dans la ligne. Il passe ensuite à Nonu (12)...


... et le décalage est parfait. Radradra (11) est lancé pour la 3e fois dans son couloir, il casse le plaquage de l'ailier adverse, se fait rattrapé par l'arrière... et ne sert pas Bastareaud (13) qui avait suivi à son intérieur. Un en-avant en applatissant conclut cette longue et belle attaque Toulonnaise.

La suite


Pour la troisième fois de suite, le RCT échoue lors d'un quart de finale disputé à l'extérieur - peut-être ça servira de leçon de chercher à finir 1er de la poule et ne plus se satisfaire de la 2e place. Il ne reste plus que le Top 14 maintenant, avec 4 matchs avant les phases finales. L'objectif de base est de finir dans les premiers 6, mais vues les performances à l'extérieur, un quart de finale à domicile ne sera pas de refus. Une qualification directe en demi-finales n'est pas réaliste et probablement ne sera pas une bonne idée : sans disputer la finale de la Coupe d'Europe, ça ferait une pause de 3 semaines sans jouer pour les Toulonnais qui seraient ainsi en manque de rythme...

lundi 2 avril 2018

Nantes - ASSE, 0-3 (Debuchy, Cabella x2)

Le maintien est enfin assuré...

... et on ne peut plus se cacher, les Verts peuvent réellement viser une place européenne après cette nette victoire chez un concurrent direct.


Cette victoire à Nantes était importante pour plusieurs raisons. Avec les 42 points acquis, le maintien est officiellement obtenu et on n'aura plus droit aux déclarations "langue de bois" sur les objectifs de l'ASSE. De plus, les Stéphanois restent accrochés au bon wagon, ils font maintenant partie des quelques équipes qui se tiennent en 3 points de la 5e place, celles qui chercheront l'Europe lors du sprint final. Et finalement, c'est très bon pour la confiance de continuer la série des matchs sans défaite, de gagner avec un score sec de 3-0 et d'afficher une telle maîtrise technique et tactique.

En parlant de cette maîtrise, l'approche tactique des Verts a été légèrement différente lors de ce match. Ils ont moins fait tourner le ballon entre les 4 (+ Cabella) derrière, en attendant une ouverture pour déclencher l'attaque, comme lors du précédent match. Profitant de l'ouverture rapide du score (qui aurait pu être encore plus rapide suite aux multiples occasions à la 5e minute), les Stéphanois ont préféré défendre et procéder en contre. Mais défendre n'est pas subir et les exemples suivants, pris dans un ordre chronologique inverse, nous permettront d'admirer la maîtrise technique et l'intelligence tactique des Verts.

Le jeu en contre


Juste avant la mi-temps, les Nantais ont une longue possession - ils doivent faire le jeu, mais ils n'arrivent pas à passer le bloc stéphanois :


Les trois milieux axiaux de Nantes sont tous sur la même ligne, bien entourés par les milieux de l'ASSE - la seule solution pour le défenseur central est un ballon long, qui cherche son latéral gauche. Sauf que Debuchy anticipe très bien et passe de la tête pour Bamba. L'ailier s'appuie sur Selnaes...


... qui peut avancer balle au pied. Les deux attaquants stéphanois, Hamouma et Cabella, se trouvent dans la moitié adverse, contre seulement deux adversaires. Ils ne sont pas servis de suite, mais Hamouma s'écarte pour créer encore plus d'espaces. Il est finalement servi en profondeur par Selnaes...


... pendant que Bamba court apporter un surnombre, avant d'être servi dans la course...


... et avant de servir en première intention Cabella, qui rate malheureusement son face-à-face avec le gardien adverse, qui avait bien anticipé. Un contre très rapide, avec beaucoup de mouvement - même si les Verts n'ont pas creusé l'écart au score juste avant la pause, ils l'ont fait sur deux autres contres dans le premier quart d'heure de la 2MT, pliant ainsi le match.

Sortir du pressing adverse


Il ne faut pas croire qu'à chaque fois que les Stéphanois récupéraient le ballon, ils se projetaient rapidement en contre. Parfois ils préféraient temporiser, comme dans cet exemple 20 minutes plus tôt, qui part d'un centre nantais de la gauche :


Il y a une forte présence dans la surface stéphanoise et Selnaes coupe la trajectoire du ballon, qui arrive à Debuchy, qui lance tout de suite Cabella. Le meneur de jeu stéphanois se rend compte qu'il ne peut pas partir en contre, alors il temporise et joue en retrait :


Debuchy, Perrin, Ruffier, le but est de calmer le jeu et partir proprement de derrière. Sauf que les Nantais sont restés en nombre, et ils mettent en place un pressing haut :


Les Verts ne s'affolent pas : Ruffier trouve Gabriel Silva, qui joue avec M'Vila, qui joue de nouveau avec son gardien. Chacun des 4 (2 milieux axiaux + 2 latéraux) Stéphanois sont pris, mais ça ne les empêche pas de combiner. De plus, Selnaes descend entre les défenseurs centraux pour les aider :


Cabella et KMP décrochent et proposent des solutions eux aussi, ne laissant pas les défensifs se débrouiller seuls. C'est le premier qui est choisi par Perrin pour un un-deux risqué ...


... mais qui a comme but d'attirer les adversaires, libérant par exemple Debuchy dans son couloir, où il est trouvé par une passe lobée du capitaine. Et maintenant la projection rapide vers l'avant peut démarrer :


Hamouma s'excentre pour proposer une solution, Debuchy s'appuie dessus, Cabella y va aussi, il est servi par Hamouma, mais un Nantais commet une faute intelligente, qui casse l'attaque stéphanoise.

Maîtrise technique et jeu sans ballon


Ce n'était pas un contre proprement-dit, comme dans le premier exemple, mais les passes verticales et cette projection rapide vers l'avant permettent de vite traverser le bloc adverse et peuvent en donner l'impression. Ces passes verticales sont possibles grâce aux bons appels que les joueurs de l'ASSE ont fait dans tous les sens, comme ça devient évident lors d'un autre exemple, 10 minutes plus tôt :


Une touche pour les Verts dans leur propre moitié est jouée par Debuchy pour Cabella, qui cherche Hamouma avec un long ballon. Le duel aérien est gagné par le défenseur central adverse, le ballon revient à Cabella, qui le donne à M'Vila, qui le met au sol, avant d'écarter le jeu avec Bamba.


Le bloc adverse est en place, Bamba se retrouve entouré de 4 joueurs, alors il donne en retrait à M'Vila, qui a cette capacité de toujours trouvé un partenaire libre et qui écarte donc à nouveau. Le latéral stéphanois temporise...


... ce qui permet aux Verts de se mettre en place, surtout Hamouma, qui fait un appel du côté opposé pour proposer une solution entre les lignes, pendant que KMP prend sa place d'avant-centre. Et le ballon lui parvient après plusieurs passes à une touche de balle, une circulation du ballon trop rapide pour les adversaires. Il est malheureusement dépossédé, mais le ballon sort et la touche est stéphanoise :


Gabriel Silva pour Subotic, qui trouve Cabella. Le bloc adverse est en place, dans un 4-4-2 très clair, et sans une phase de préparation, il n'y a pas de décalage. Alors quand Cabella cherche Debuchy dans le couloir...


... le latéral est obligé de jouer en retrait, après avoir combiné avec KMP. Cabella est obligé de faire la même chose...


... et quand il reçoit de nouveau le ballon de Perrin (après un relais de Selnaes), il le perd suite au pressing d'un milieu adverse. Ballon perdu au milieu, ça peut être dangereux, surtout que le Nantais avance balle au pied en attendant du soutien :


Il le trouve dans l'axe, mais son coéquipier joue en retrait, dans la course d'un ailier... qui se fait reprendre par Debuchy. De nouveau, ce n'est pas un contre (3 adversaires contre Hamouma tout seul dans la moitié adverse), mais ça à l'air :


Debuchy s'appuie sur KMP, qui sert Bamba, qui avance avec le ballon, ce qui laisse le temps à ses coéquipiers de proposer des solutions :


Hamouma, Cabella et KMP croisent leurs courses, Bamba revient un peu en arrière, avant de trouver le premier d'entre eux dans l'axe. C'est au tour de Hamouma de garder un peu le ballon, ce qui permet aux adversaires de revenir, en nombre, mais pas en place :


Si les 4 défenseurs sont alignés (mais très resserrés), 5 autres Nantais sont regroupés dans l'axe. Les couloirs sont donc complètement abandonnés, c'est là que le jeu est envoyé par Hamouma, dans la course de Gabriel Silva. Et ce n'est pas fini :


Hamouma contourne le latéral gauche, qui préfère plutôt l'appel en profondeur de Cabella. Dans la surface, Bamba fait un appel au premier poteau, KMP au deuxième et Debuchy, venu de l'aile opposée, se positionne au point de penalty pour un centre en retrait. C'est cette dernière solution qui est choisie par Cabella, pour l'ouverture du score du latéral droit stéphanois, même si l'infatigable Hamouma s'y était proposé au même endroit aussi.

Conclusions


Au risque de se répéter, il faut souligner comme c'est beau à regarder jouer ce ASSE de 2018. Le plan tactique est souvent très adapté (Nantes est une de pire possession du ballon de la Ligue 1, leur laisser le ballon c'est les sortir de leur zone de confort). Les joueurs se déplacent très bien, cherchant toujours à proposer des solutions de passe à leur coéquipiers. Et les passes sont assurées, souvent dans le bon tempo, souvent pour éliminer un ou plusieurs adversaires. Comme les résultats suivent, il n'est plus interdit de rêver d'une fin de saison en boulet de canon, avec une qualification européenne au bout. Et même si cette qualification ne sera pas acquise - ce qui n'est pas déconnant vue la première partie de saison de l'ASSE - on peut clairement être satisfaits par ce que les Verts proposent.