mardi 20 mars 2018

ASSE - Guingamp, 2-0 (Subotic, Cabella)

Signé Cabella


Joueurs, entraîneurs, supporters, tout le monde est unanime : l'ASSE a réussi une de ses meilleures prestations de la saison lors de la première période contre Guingamp.

Le jeu prôné par Gasset est un jeu de possession, avec une longue phase de préparation, qui a comme but de créer des situations de supériorité à des différents endroits du terrain. Cette supériorité peut être numérique (par exemple un 2-contre-1 dans un couloir), de position (un attaquant dans le dos de la défense, un joueur libre entre les lignes) ou bien qualitative (envoyer en 1-contre-1 un bon dribbleur). Peu importe la situation recherchée, une fois qu'elle est trouvée, il faut faire parvenir le ballon à cet endroit - c'est à ce moment que l'attaque, longtemps préparée, est déclenchée.

Pour une équipe qui évolue en 4-2-3-1, comme l'ASSE, on parle souvent des 4 joueurs "offensifs" : deux ailiers, un avant-centre et un milieu offensif placé "en soutien de l'avant-centre". Sauf que pour les Verts, lors des matchs contre un adversaire qui cherche seulement à défendre, c'est un peu différent. Les deux ailiers sont en fait les deux latéraux : très haut sur le terrain, collés à la ligne de touche. Ils participent à la construction en permettant de bien écarter le jeu, mais surtout à la finalisation de l'attaque avec des centres ou de la présence dans la surface. Le rôle des deux ailiers devient donc d'être en soutien d'un latéral, mais surtout de l'avant-centre (en position de "10" entre les lignes ou à côté de lui), de proposer des solutions dans les espaces créés. 

On peut considérer l'ASSE comme une équipe coupée en deux. D'un côté on a donc 5 joueurs (avant-centre, deux ailiers et deux latéraux) qui proposent des options et attendent que l'attaque soit déclenchée. De l'autre on a 4 joueurs (deux défenseurs centraux, deux milieux axiaux) qui se passent le ballon en attendant la création d'un décalage. Et le liant entre ces deux groupes est fait par le dixième joueur de champ, Cabella, qui est un électron libre, qui participe à la fois à la préparation de l'attaque, mais aussi à l'attaque-même. Comme il le dit lui-même, "ça lui fait du bien de se sentir libre". 

Mais assez avec la théorie, regardons de plus près quelques exemples des mouvements stéphanois en 1MT, avec les nombreux dézonages qui ont fait mal aux adversaires.

Un premier exemple...


Après le premier quart d'heure de jeu, Ruffier dégage un ballon vers Beric, qui perd son duel de la tête :


Le ballon est récupéré et tout de suite mis au sol par Selnaes, qui s'appuie sur Cabella, qui passe en retrait à Gabriel Silva - l'ASSE a récupéré la possession et l'utilisera maintenant pour construire patiemment une attaque :


KMP, Silva de nouveau, Subotic, Perrin, Debuchy et retour, le ballon est gardé dans la défense pour laisser le temps aux équipes de se mettre en place. Sur cette capture d'écran on voit le 4-1-4-1 de Guingamp, ainsi que le 4-2-3-1 de l'ASSE.


Subotic avance avec le ballon, il le donne à M'Vila, qui s'appuie sur Cabella, qui avait décroché et qui lui le rend. Pendant ce temps, KMP se positionne en "10", entre les lignes. Le jeu est envoyé de l'autre côté via Selnaes et Perrin :


Debuchy reçoit le ballon, l'attaque n'est pas encore déclenchée, on est toujours dans la phase de préparation, on cherche à étirer le bloc adverse. Les Verts continuent donc à faire circuler la balle au milieu du terrain :


Cabella propose de nouveau une solution de passe, il sert de relai pour faire parvenir le ballon jusqu'à M'Vila - le choix a été fait de garder une trace de tous ses déplacemenst depuis le debut de l'action. 


M'Vila et Subotic s'échangent le ballon, on est toujours en phase de préparation. KMP se trouve toujours en 10 entre les lignes, Gabriel Silva et Debuchy collent aux lignes de touche. Bamba est très excentré aussi, ce qui étire énormément la défense adverse. Pire, la ligne des milieux est complètement désintégrée : un doit aider avec le duo Debuchy-Bamba sur le côté, deux essayent de couper les angles de passe vers le "10" KMP, et un autre sort pour empêcher Subotic à avancer avec le ballon. Ce qui crée un bel espace pour Cabella entre les lignes, où il se place... 


... et où il est trouvé. Après beaucoup de passes latérales, deux verticales de M'Vila et Selnaes ont déclenché l'attaque. Cabella avance balle au pied, face à la défense et, malgré deux appels de Beric et KMP, il frappe de loin. Le tir est repoussé par le gardien et le ballon sort en touche.

... la suite de l'action... 


Même s'il ne s'agit pas d'une attaque préparée depuis la défense, la suite de l'action est intéressante par rapport aux rôles de latéraux et ailiers. La touche est joué par Debuchy pour Cabella...


... qui combine avec Bamba. Il cherche de nouveau le même coéquipier, mais la passe est interceptée et la possession perdue... 


... pour quelques secondes, le temps que Beric presse et récupère le ballon. Il le donne en retrait à M'Vila pour que le jeu soit organisé :


M'Vila passe à Selnaes, qui reçoit de nouveau le ballon après un jeu à trois dans un petit périmètre avec Bamba et Cabella, avant de lancer Debuchy dans son couloir. Pendant ce temps KMP était entre les défenseurs centraux, en avant-centre, et Beric en "10". Il n'y a pas de décalage créé dans le couloir, alors Debuchy joue en retrait avec Cabella...


... qui voit qu'il y a un incroyable surnombre dans la surface, avec 4 Stéphanois pour 3 défenseurs ! Les deux "ailiers" Bamba et KMP se trouvent axiaux, à côté de Beric, et le latéral opposé, Gabriel Silva, se place dans la surface aussi. Malheureusement Bamba, recherché par le centre de Cabella, n'arrive pas à couper la trajectoire du ballon.

... et un deuxième exemple


Une autre attaque placée de l'ASSE commence à la 21e, avec une circulation du ballon devenue classique :


Cabella décroche de nouveau pour toucher le ballon et KMP prend ça place dans l'axe. M'Vila envoie le jeu à droite jusqu'à Debuchy, puis le ballon revient dans la défense centrale...


... et ensuite c'est Selnaes qui envoie le jeu à gauche, à Gabriel Silva. Pendant ce temps, Bamba reste collé à la ligne de touche, KMP dans l'axe entre les lignes et Cabella a traversé le terrain en largeur, il est maintenant côté opposé du ballon :


Gabriel Silva joue en retrait avec M'Vila, qui cherche et trouve Cabella, une supériorité numérique pour les Vert étant créée à cet endroit du terrain :


Cabella et Bamba combinent dans un petit périmètre...


... mais finalement Bamba est obligé de jouer en retrait. Une fois que le ballon revient pour les 4 derrière, il va se replacer en "10", dans l'axe, à côté de KMP :


Perrin et Subotic font parvenir le ballon jusqu'à M'Vila, qui retourne de nouveau le jeu vers la droite, où Cabella est facilement trouvé par Perrin - son rôle de liant entre les 4 derrière et l'attaque est très explicite sur cette image. Il se trouve face au jeu et le décalage a été créé dans l'axe, entre les lignes :


Les appels en profondeurs de Beric et Bamba (en avant-centre entre les 2 centraux) sont bons et en plus ils ouvrent un bel espace à KMP. Malheureusement Cabella ne le sert pas, mais il élimine son adversaire par un dribble. Comme les appels n'ont pas été suivis, les trois attaquants se retournent...


... et lui proposent tous les trois une possibilité de passe ! Sur cette image on voit les 5 défenseurs (un milieu latéral est descendu bas pour suivre Debuchy) et les 5 offensifs stéphanois plus Cabella en déclencheur de l'attaque. C'est Beric qui est choisi pour un point d'appui et de nouveau la solution choisie est un tir de loin du meneur de jeu stéphanois - son lob passe malheureusement juste au dessus de la transversale.

Conclusions


Il n'y a pas grand chose à dire, c'est très plaisant de voir ces Verts jouer. Le ballon circule bien, il y a une grande maîtrise technique, que ça soit pour les "quatre derrière" qui le font tourner pour trouver des décalages, ou pour les "cinq attaquants" qui combinent régulièrement dans des petits périmètres. Et quand on rajoute tous les déplacements sans ballon, ce dézonage constant, ça devient bien évidemment plus facile à produire du beau jeu. Quant à Cabella, l'électron libre qui joue parfois en dehors du bloc adverse à hauteur des milieux défensifs, parfois en plein coeur du bloc et parfois excentré sur un côté ou un autre, il touche énormément des ballons. Cette belle première période porte clairement sa signature, il faut espérer qu'il y aura plein d'autres dans le futur. 

jeudi 15 mars 2018

RCT - Agen, 54-5 (Ashton x3, Isa x2, Clerc, Delboulbès, Fekitoa)

L'avant-match


La bataille pour les places en phase finale du Top 14 est serrée et après le revers de la semaine dernière, le RCT se trouve obligé de gagner. A domicile, contre une des plus faibles équipes du championnat, qui en plus fera un turnover, tout autre résultat qu'un bonus offensif sera vu comme un échec, même si les Toulonnais déplorent des nombreux absents entre les internationaux et presque tous les 2e lignes blessés (Gorgodze, Rebbadj, Suta, Taofifénua et Attwood). 

Le match...


... a été beaucoup plus difficile pour le RCT que ce que le résultat final laisse penser. Si les Toulonnais ont vite marqué le premier essai du match - le 100e de Clerc en Top 14 !, ils ont aussi encaissé un tout de suite après, à la 10e. Et par la suite, ça a été une possession quasi-continue des Agenais, qui ont souvent poussé le RCT à la faute, mais sans réussir à marquer. Et dans les 10 dernières minutes de la 1MT, dès que les Toulonnais ont pu jouer dans les 22m adverses, ils l'ont fructifié, avec un essai d'Isa et un autre d'Ashton.

Mener 3 essais à 1 à la pause, marquer le 4e essai (le 2e d'Ashton) tout de suite après la reprise, c'était presque inespéré, tant le RCT s'est fait bousculé en 1e période. Et même par la suite, le bonus a été difficile à sécuriser (voire plus bas). Mais ensuite les Toulonnais ont déroulé, laissant le ballon à leurs adversaires et jouant les turnovers à fond, pour trois autres essais (Isa et Ashton de nouveau), dont le dernier, de Fekitoa, sur la sirène.

L'action


On joue la 44e et le RCT vient de marquer le 4e essai, le bonus offensif est virtuellement acquis. Mais sur la remise en jeu, les Toulonnais échappent le ballon en touche et ensuite ils subissent les vagues adverses, qui les poussent jusqu'à leur derniers 5 mètres. Ils encaissent même un essai, annulé à la video, qui donne une mêlée agenaise à 5. Pénalités pour Agen, qui reprend une mêlée, inflige un gros pilonnage et marque de nouveau un essai... annulé à la vidéo, donc de nouveau une mêlée à 5. Il n'y a rien à dire, le RCT subit gravement et le point du bonus ne tient pas à grande chose :


La mêlée n'est pas stable, mais le 9 arrive à sortir le ballon, pour son demi d'ouverture... qui l'échappe dans les bras de Radradra (13) ! Le jeu est très vite envoyé à l'extérieur avec Tuisova (14) et ensuite Ashton (15) et les Toulonnais partent en contre :


Malgré un surnombre évident à l'intérieur, Ashton choisit de jouer au pied et c'est finalement l'arrière adverse qui s'empare du ballon dans ses 22m. Les Agenais font quelques points de fixations pour permettre à tout le monde de se replacer...


 ... et s'en sortent avec un dégagement au pied du 10...


... qui ne trouve pas la touche, mais les bras d'Isa (7) ! L'Argentin relance tout de suite, profitant de support d'Ashton (15), qui sert Fekitoa (12) à l'aile. Le centre n'arrive pas à franchir, le contest adverse dans le ruck empêche une libération rapide, mais les Toulonnais y arrivent et ils envoient le jeu au large :


Fernandez-Lobbé (6) passe à van der Merwe (3), qui allonge vers Radradra (13). Un trois-contre-trois se prépare, le centre fixe un défenseur avant de servir Lakafia (8), qui franchit entre les deux derniers Agenais :


Il ne reste plus qu'un défenseur, à l'intérieur il y a Ashton (15) et Mathewson (9), sur l'aile il y a Tuisova (14)... mais Lakafia ne sert personne directement. Il arrive par contre à passer après contact à Radradra (13), qui avait suivi, et qui offre l'essai à Deboulbès à quelques mètres de l'en-but. C'était le 5e essai du RCT, celui qui fait le "break" pour le bonus (Agen en avait marqué un seul). Et il arrivait après une longue période passée dans les 5m Toulonnais, comme un coup de massue qui pliait le match définitivement.

La suite


Il reste un doublon avant le début des gros matchs. Entre les blessés et les internationaux (parfois les mêmes), c'est une période clairement pas facile pour le RCT. Mais cette large victoire fera du bien au moral et si elle est bonifiée par une autre, à Oyonnax, le sprint final sera abordé de la meilleure des manières, avec le moral et un bon matelas points.

lundi 12 mars 2018

Rennes - ASSE, 1-1 (Subotic)

Du surplace (2)


Même si les Verts continuent leur série d’invincibilité, ce nouveau match nul ne leur permet pas d'avancer, de s'éloigner de la zone rouge ou de se rapprocher de l'Europe.

Le scénario du match à Rennes, avec une égalisation concédée dans les dernières minutes, à de quoi laisser un goût amer aux supporters stéphanois. Par contre, si on regarde le début de la partie, les Verts peuvent s'estimer heureux d'avoir ouvert le score : ils ont subit une grosse pression lors des 25 premières minutes, avec seulement 38% de possession et 8 tirs à 1 pour les Rennais. L'ouverture du score a fait mal aux adversaires, mais on aurait pu s'attendre à une réaction dès le retour des vestiaires, sauf que les Stéphanois ont intelligemment pris le contrôle du ballon : 58% lors des 5 premières minutes de la 2MT. Les 5 minutes suivantes ont représenté un tournant du match : plusieurs grosses occasions ratées par les Verts, qui auraient pu tuer tout simplement tout le suspens - ils l'ont pas fait et ont recommencé à subir de plus en plus, finissant par se faire rejoindre sur la fin.

Projections rapides


Cette période charnière en début de la 2MT mérite une analyse plus détaillée, parce qu'elle illustre bien le style de jeu utilisé par l'ASSE pour attaquer. A la 51e, Debuchy intercepte un centre adverse et porte le ballon hors de la surface :


Il ne cherche pas Cabella droit devant comme dans un contre classique, mais plutôt KMP, excentré à gauche, qui joue en retrait avec Subotic. M'Vila et Cabella s'excentrent aussi et le premier reçoit le ballon grâce à une première passe verticale :


Une deuxième pour servir KMP dans sa course, puis deux autres...


... lorsque Cabella est utilisé en appui pour le un-deux et tous les milieux adverses ont été dépassés, les 3 défenseurs qui restent doivent défendre en reculant :


Les appels de Hamouma, Debuchy et Bamba en profondeur offrent plusieurs possibilités à KMP, qui malheureusement rate sa passe. Le ballon est dégagé par la défense, mais facilement intercepté par Subotic, qui sort balle au pied :


M'Vila et Hamouma sont sur le côté, Cabella y va aussi. Ils combinent entre eux, dans un petit périmètre, sans être attaqués, en train de préparer l'attaque suivante et surtout en calmant le jeu :


Hamouma se projette vers l'avant, Cabella joue en arrière avec Gabriel Silva...


... qui redonne à M'Vila, qui lance en profondeur KMP et Hamouma, qui s'étaient préparés pour ce sprint :


Le premier récupère le ballon et échange plusieurs petites passes avec Hamouma...


... avant de redonner le ballon en retrait à M'Vila, qui utilise encore une fois une longue passe :


Une transversale qui trouve Bamba dans la surface, sa remise en retrait pour Debuchy est parfaite, mais la reprise de volée du latéral n'est pas maîtrisée et le ballon passe au dessus. 

L'attaque placée rennaise sur cette remise en jeu nous permet de voir le dispositif défensif des Stéphanois, en 4-4-2, ou plutôt 4-4-1-1 :


Pour des raisons de place, on passe les deux minutes suivantes (attaques stériles de Rennes contre ce bloc stéphanois et une autre attaque "passe longue de M'Vila" de l'ASSE) et on reprend après un centre rennais mal assuré : sortie de but, remise en jeu pour Ruffier. Ce n'est donc pas un contre... 


... mais le ballon circule si verticalement que ça y ressemble fortement. Ruffier pour Subotic, pour M'Vila, pour Cabella, pour KMP. Et le classique un-deux, avec Bamba en appui...


... et KMP s'échappe seul contre le gardien, sa frappe heurtant malheureusement la transversale. C'est la fin du temps fort stéphanois en début de la 2MT et le break n'est pas fait.

Changer les joueurs, pas le système


Le staff stéphanois est consistant dans ses choix tactiques. Pour l'utilisation du ballon, il existe plein d'exemples comme le précédent, avec des projections rapides vers l'avant, des passes verticales et l'utilisation d'un coéquipier en point d'appui - le premier exemple dans ce match apparaît d'ailleurs à la 2e minute. Mais la consistance tactique est aussi visible dans le bloc défensif proposé sans le ballon, le 4-4-2 aperçu dans l'exemple précédent.

Avec un Beric malade et un Tannane qui n'a pas encore la confiance du staff, les solutions offensives sur le banc étaient limitées. Et pourtant, les changements de Bamba et Hamouma n'ont rien modifié au système de jeu, qui a été maintenu malgré la pression adverse grandissante. Quand Diousse est entré à la place du premier, il a joué comme milieu gauche et c'est Hamouma qui a fait paire avec Cabella en premier rideau :


Ensuite, quand Hamouma est sorti remplacé par Hernani, la ligne des 4 milieux est restée inchangée et le 4-4-1-1 est de nouveau visible (avec Cabella plus avancé qu'Hernani) :


D'ailleurs, la phase de jeu dans cette image est à l'origine d'une action qui mérite d'être "revue". Sans solutions, les Rennais essayent un jeu long, intercepté  par KMP...


... qui donne le ballon à Selnaes, avant de se projeter rapidement vers l'avant. Passe verticale en appui sur Cabella, qui sert KMP dans sa course et le contre est bien parti :


Les 4 éléments "offensifs" des Verts (les deux devant et les deux excentrés dans un 4-4-2) se projettent vite vers la surface adverse, dans laquelle KMP entre avec le ballon, avant de le donner à Cabella :


L'angle est ouvert, les coéquipiers libres au 2e poteau... et la frappe de Cabella frôle le poteau avant de sortir. Une autre grosse opportunité de tuer le match, avec la même construction que les précédentes - malheureusement l'occasion est ratée et Rennes égalise quelques minutes plus tard...

Conclusions


Le résultat du match est clairement frustrant, non seulement l'ASSE a concédé un but dans les dernières minutes, mais surtout il y a eu des nombreuses occasions pour se mettre à l'abri auparavant. Un match nul à l'extérieur n'est pas forcément mauvais, mais ça ne fait pas avancer au classement, les Verts continuent à faire du surplace dans le ventre mou : le maintien n'est toujours pas formellement assuré (même si en très bonne voie) et l'Europe devient de plus en plus difficile à chercher (même si pas très éloignée pour l'instant). Mais si on laisse de côté le résultat et on s'intéresse à la qualité de la prestation stéphanoise, quel plaisir de voir les Verts développer ce style de jeu, de pratiquer un si beau football ! La répétition des certains mouvements n'est clairement pas le fruit du hasard, la transformation de l'ASSE réussie par le staff en espace de deux mois et demi est impressionnante.

mercredi 7 mars 2018

Lyon - RCT, 15-6

L'avant-match


Même s'il n'y a pas de match de Tournoi ce weekend, le RCT est quand-même privé de ses internationaux. Et avec les blessures, surtout en 2e ligne, ça risque d'être juste pour ce deuxième déplacement consécutif. La ligne d'attaque est toujours impressionnante, mais si le combat sera âpre devant, il est difficile d'envisager une victoire en terre lyonnaise. Surtout que, sans parler d'impasse, la victoire n'est plus une obligation pour les Toulonnais après leur beau succès à La Rochelle.

Le match...


... est très disputé, les deux équipes se rendent coup sur coup, avec des attaques rapides. Ce sont les Lyonnais qui ouvrent le score sur une pénalité à la 7e, le RCT n'égalise qu'à la demi-heure de jeu, après une pénalité obtenue sur un contre-ruck. Entre temps, les Toulonnais ont passé des longues minutes dans les 40m adverses, n'arrivant pas à trouver la faille, sauf à la 10e, avec un essai de Pietersen (qui se luxe l'épaule sur l'action), annulé pour un en-avant. Le score à la pause est de 6-3, Belleau ayant raté une pénalité sur la sirène.

La 2MT continue dans le même style, avec beaucoup d'en-avants commis par les Toulonnais. Pire encore, ils sont de plus en plus pénalisés et donc largués au score, 12-3 à la 65e. Ne plus être dans le bonus défensif oblige le RCT de prendre des risques, malheureusement pas payants, comme par exemple une pénalité à 20m devant les poteaux jouée en touche... et lancer chahuté et perdu. Le score final est de 15-6, un match sans essai et sans bonus pour les Toulonnais qui méritaient mieux pour leur investissement, mais pas par rapport à leur maîtrise technique.

L'action


On s'approche de la pause et le RCT bénéficie d'une introduction en mêlée dans les 40m adverses :


La ligne d'attaque est en place, mais la sortie n'est pas propre. Lakafia (8) finit par sortir le ballon pour Mathewson (9), qui passe accrobatiquement à Nonu (12) :


Le centre casse le premier plaquage et avance jusqu'à l'entrée des 22m adverses, où il passe après contact à Isa (7), venu en soutien, qui avance encore quelques mètres :


Une passe de Mathewson (9) pour Belleau (10) saute tout le groupe d'avants et une autre passe sautée envoie le ballon à l'extérieur, où Radradra (11) était venu de l'aile adverse à côté de Ashton (15) et Buliruarua (14) :


Radradra (11) se défait du croche-pied et plaquage haut de D.Armitage, combine avec Ashton, mais malheureusement les 3 ailiers Toulonnais n'arrivent pas à aller jusqu'au bout. Un point de fixation supplémentaire à 10m de l'en-but grâce à van der Merwe et l'attaque du RCT se prépare de nouveau sur la largeur :


Ahston (15), Radradra (11), Fekitoa (13) et Nonu (12) se déplacent vers la gauche. Mathewson (9) sert Chiocci (1), qui sert Radradra dans sa course qui a comme but de fixer encore plus la défense. Et la situation d'attaque est parfaite :


La défense est dépassée. A l'extérieur, Fernandez-Lobbé (6) est tout seul, même si un défenseur essaye de le couvrir. Nonu (12), Ashton (15) et Fekitoa (13) continuent leur course latérale qui amène un surnombre encore plus important. Les deux défenseurs dans la ligne sont distancés et Isa (7) a une belle fenêtre ouverte devant lui : il reçoit le ballon de Radradra et a donc le choix de franchir ou d'envoyer à l'extérieur... mais il fait tomber le ballon (ou la passe de son ailier n'est pas assurée). Le match du RCT résumé dans une action.

La suite


Cette défaite n'est pas inquiétante et on la voyait venir. Mais le classement est serré et chaque revers doit être compensé par une victoire sous peine de vite voir les bonnes places s'éloigner. A l'heure actuelle il y a 5 équipes qui se tiennent dans un seul point, entre la 4e et la 8e place, le RCT parmi elles. Il faudra donc faire le plein des points contre Agen et à Oyonnax pour faire un break par rapport à ces équipes et être ainsi bien placés au moment du sprint final en Top 14. Mais les doublons continuent et les Toulonnais commencent à accumuler des blessés, surtout en 2e ligne.

dimanche 4 mars 2018

ASSE - Dijon, 2-2 (Beric x2)

Du surplace

Au terme d'une rencontre ouverte et équilibrée, au cours de laquelle ils sont revenus deux fois au score, les Verts sont arrivés à leur 6e match consécutif sans défaite, mais il est difficile de s'en contenter pour autant.

L'ASSE a pris 12 points lors des six derniers matchs, il n'y a que Paris et Monaco qui ont fait mieux sur cette période. Et pourtant, ce match contre Dijon laisse un goût d'inachevé, la sensation qu'on a raté quelque chose, notamment l'opportunité de s'approcher des places européennes. C'est clair qu'il est difficile de gagner en offrant deux buts à l'adversaire et en courant après le score. Mais tactiquement les Verts avaient fait ce qu'il fallait en première période, en se procurant trois grosses occasions (dont un penalty), toutes ratées. Par contre, ça a été beaucoup plus difficile de se montrer dangereux après la pause et pour mieux comprendre pourquoi, il suffit de regarder le jeu du "10" stéphanois. Cabella a touché 55 ballons pendant chaque période et les points oranges marquent les endroits du terrain où il l'a fait (les Verts attaquent de gauche à droite sur les deux images prises sur whoscored.com).

1MT :

2MT: 

La différence entre les deux mi-temps est clairement visible,  le meneur de jeu de l'ASSE a joué pendant la deuxième plus excentré et plus près de la ligne médiane qu'en première. La raison deviendra évidente à travers les deux exemples suivants : Cabella, et avec lui toute la tactique offensive stéphanoise, ont été forcés de s'adapter au changement de système dijonnais effectué à la pause.

1MT : entre les lignes adverses


On joue la 10e minute et Debuchy joue une touche dans la moitié de l'ASSE :


Le ballon circule d'un défenseur à l'autre, en passant par Ruffier, jusqu'à Gabriel Silva de l'autre côté. Les deux milieux axiaux, Selnaes et M'Vila ne sont pas utilisés - le bloc adverse est assez haut. Le latéral gauche essaye de combiner avec Bamba dans son couloir, mais un adversaire sort le ballon en touche. 20 secondes plus tard, la même chose mais à partir d'une touche à gauche :


La circulation du ballon est plus rapide cette fois (Perrin et Ruffier n'en participent pas) et Debuchy combine avec Hamouma sur le côté opposé. Cette capture d'écran nous permet de voir la défense à 5 du côté de Dijon. Hamouma choisit de ne pas combiner avec Debuchy, mais de revenir avec le ballon, avant de le donner à Cabella dans l'axe...


... et le meneur de jeu stéphanois écarte pour M'Vila :


Après avoir donné le ballon, Hamouma se déplace dans l'axe, il ne reste pas dans son couloir droit. Comme Cabella était descendu assez bas, Selnaes était monté d'un cran, pour toujours proposer une solution de passe vers l'avant. Mais comme M'Vila temporise, ils échangent de place de nouveau et c'est le Norvégien qui reçoit le ballon :


Le 5-4-1 adverse est bien disposé sur la largeur, mais il y a beaucoup de place entre les lignes. Hamouma continue de traverser le terrain dans cet espace, Bamba décroche et Cabella s'y projette : les trois offensifs Verts se trouvent entre les deux lignes, il est facile pour Selnaes, servi par M'Vila, d'en trouver un. Bamba écarte avec Gabriel Silva, mais sa passe n'est pas assurée et oblige ce dernier de jouer en retrait avec M'Vila :


Les Dijonnais continuent d'être disposés en 5-4-1, mais il y a toujours ce grand espace. L'appel de Hamouma fixe un défenseur et libère la place pour Cabella, parfaitement trouvé par la passe verticale de M'Vila. Il y avait tellement de place qu'il a le temps de se retourner tranquillement et d'attendre les appels de ses coéquipiers :


Il choisit celui de Beric, qui est idéalement servi en profondeur, mais qui malheureusement perd son duel avec le gardien adverse. Le deuxième pendant les dix premières minutes du match - il est fort probable que le cours du jeu aurait été différent si une de ces occasions avait été convertie...

2MT : écartés


Pour Dijon, ça ne servait pas à grande chose de jouer à 5 derrière, vu que les offensifs Stéphanois avaient tendance plutôt de décrocher que de peser sur la défense directement. Un changement tactique à la mi-temps les a donc fait passer de 5-4-1 en 4-1-4-1, avec une sentinelle qui avait comme mission de combler cet espace entre les lignes. La réponse tactique des Verts est intervenue graduellement, d'abord en évitant de jouer dans l'axe entre les lignes. Et ensuite en changeant les deux ailiers qui avaient tendance à aller dans l'axe pour combiner avec deux autres, vraiment excentrés, des vrais "joueurs de couloir".

Par exemple, à la 70e, littéralement juste après la sortie de Hamouma, le gardien adverse effectue une longue remise en jeu qui est facilement gagnée par la défense stéphanoise :


Subotic, M'Vila, Perrin, Gabriel Silva - le ballon est mis au sol et une attaque commence à être préparée. D'abord dans le couloir gauche :


Après un un-deux entre Silva et Vagner, M'Vila reçoit le ballon et commence à changer de côté en passant par Subotic...


... qui lui redonne le ballon. Sur cette image on voit le 4-1-4-1 dijonnais, les deux ailiers stéphanois très écartés et la sentinelle adverse qui se trouve loin de Cabella, placé entre les lignes. Il n'est pas servi immédiatement par M'Vila, qui préfère avancer balle au pied, laissant ainsi le temps au milieu défensif adverse de se replacer :


Comme Cabella est maintenant pris, M'Vila joue avec Debuchy à droite, qui lance KMP au long de la ligne de touche. KMP se défait de son adversaire direct, mais finit par perdre le ballon avant d'entrer dans la surface adverse :


Il ne pouvait pas faire beaucoup mieux seul contre deux adversaires. D'ailleurs, sur cette image, on peut compter 5 Stéphanois (dont 3 dans la surface) pour 9 Dijonnais... La défense dégage loin le ballon, de nouveau facilement gagné par les Verts...


... qui sont trois autour du seul attaquant adverse, très surveillé après ses actions précédentes. Le ballon est mis au sol et Subotic le garde un peu pour permettre à ses coéquipiers de se replacer :


Cabella se trouve de nouveau entre les lignes, mais tout le temps surveillé par la sentinelle dijonnaise - pour toucher le ballon il doit sortir du bloc adverse. La présence stéphanoise entre les lignes devient quasi nulle, surtout que les ailiers restent collés aux lignes de touche :


Ayant enfin touché le ballon, Cabella se tourne, cherche une solution de passe vers l'avant et finit par lancer en profondeur Vagner, dans le couloir gauche. C'est plutôt bien fait, le bloc adverse est traversé par la passe, mais ça oblige le jeune ailier à un exploit, tout seul sur son côté. Il réussi de passer le latéral adverse...


... mais son centre est repoussé par un autre défenseur - peu de chances de faire mieux, parce que les Verts étaient de nouveau en sous-nombre en attaque. Comme Cabella avait décroché, c'est Selnaes qui s'était projeté à sa place - le centre détourné arrive sur lui et sa reprise de volée est cadrée, mais le gardien adverse la repousse facilement.

Conclusions


Les Verts ont très bien attaqué le match contre Dijon, mais ils ont manqué d'efficacité dans les deux surfaces. L'approche tactique initiale a été très bien trouvée, mais les Stéphanois n'en ont pas profité. Et le changement tactique adverse à la pause les a obligé de s'adapter et ainsi finir par ne pas jouer sur leurs points forts, avec un Cabella loin des 30m adverses ou avec des ailiers condamnés à l'exploit individuel dans leurs couloirs. A la fin, le match nul semble équitable et les deux équipes restent dans le ventre mou, même si le rêve européen des supporters de l'ASSE n'est pas définitivement enterré. Par contre, pour le garder en vie il faudra plus de réalisme offensif et moins d'erreurs défensives...