mercredi 6 mars 2019

Perpignan - RCT, 11-24 (R.Taofifénua, Tuisova, Devaux)

L'avant-match


Le RCT s'est éloigné des dernières places après la victoire de la semaine dernière et ce déplacement chez la lanterne rouge est l'occasion idéale fermer définitivement le chapitre "relégation" cette saison. C'est un match des extrêmes, entre une équipe qui n'a jamais gagné à domicile et une qui n'a pris aucun point à l'extérieur - au moins une série s'arrêtera après cette partie. Du côté toulonnais, le chois a été fait à la continuité avec exactement le même XV et presque le même banc que la semaine précédente (JP Pietersen remplace Monribot dans le groupe).

Le match...


... commence avec une large domination des hôtes, qui gardent le ballon, qui insistent, mais qui ne passent pas la défense toulonnaise. Néanmoins, Perpignan marque un essai après 15 minutes de jeu, auquel le RCT répond rapidement avec une pénalité. Menés 8 à 3, les Toulonnais commencent enfin à sortir, à produire du jeu. Ils ont quand-même du mal à franchir, des en-avants gâchent leurs attaques, mais il finissent par trouver la faille à la 32e après une touche à 5. Et dans la foulée, un contre assassin après un coup de pied contré par Carbonel permet à Tuisova de marquer le 2e essai du RCT et de finir ainsi la 1MT devant, 14 à 8.

La 2e période, par contre, a été à sens unique, avec des longues séquences de possession catalane, heureusement stérile. Les Toulonnais commencent à reculer à l'impact, continuent à finir leurs actions par des en-avants (42e, 58e, 68e), se font voler les lancers en touche (41e, 53e) et se font pénaliser régulièrement en mêlée (60e, 69e, 71e). Bref, ils n'y arrivent pas, mais un essai perpignanais est refusé à la vidéo, après une très longue action dans les 22m du RCT. Et dans la foulée, le jeune pilier Devaux marque le 3e essai de son équipe après une très belle action. Ça aurait du plier le match, mais les 10 dernières minutes ont été très chaudes : les Toulonnais les ont passé entièrement dans leurs 22m, en infériorité numérique. Et pourtant ils ont résisté, héroïquement, faisant enfin preuve de la force de caractère nécessaire pour ramener des points à l'extérieur.


L'action


On joue la 64e minute et l'USAP vient de se faire refuser un essai à la vidéo - Fresia avait réussi à arracher le ballon à un adversaire au moment où il applatissait. Le RCT mène donc toujours de 6 petits points et bénéficie d'un renvoi au 22 :


Trihn-Duc (12) tape loin et les Perpignanais lance une nouvelle attaque à partir de leurs 40m. Du jeu tout droit, en force, mais ils avancent aux impacts et après 7 temps de jeu ils se trouvent dans les 40m toulonnais :


Ils commencent enfin à jouer au large, mais sans succès. Et après encore 4 phases de jeu, Fekitoa (13) arrache le ballon dans un ruck !


Il le donne à Alainu'uese (4), qui écarte avec Soury (2), qui donne à Devaux (3), qui avance un peu. Mis au sol, il essaye de passer le ballon en tombant. Un adversaire le récupère, mais en commettant un en-avant et le ballon est de nouveau repris par les Toulonnais - un ruck se forme :


C'est le début d'une très longue phase de jeu. Trihn-Duc (12) sort pour Messam (6), qui va vers le fermé, où se trouvent Fresia (1), Pietersen (14) et Fekitoa (13). Le pilier franchit sur une dizaine de mètres et une fois plaqué...


... il passe en tombant à Messam (6). Le troisième ligne fixe un défenseur et passe à Pietersen (14), qui fixe un autre et écarte avec Fekitoa, qui sprinte au long de la ligne de touche. Il est repris par l'arrière catalan à l'entrée des 40m, mais passe après contact à Webb (9), qui avait suivi :


Le jeu continue sans s'arrête, le demi de mêlée passe en tombant à Pietersen (14), qui écarte avec Gorgodze (5). Le deuxième ligne porte le ballon et fixe un défenseur...


... avant de passer après contact à son compère, Alainu'uese (4), qui fixe un autre avant de passer après contact à Devaux (3). Et la feinte de passe du jeune pilier lui ouvre la porte :


Un raffut sur un pilier, un arrière battu à la course et le RCT marque son 3e essai, au bout d'une magnifique attaque en jeu de main. Si l'USAP a eu besoin de 11 rucks pour avancer de 30 mètres, les Toulonnais se sont fait 9 passes, dont 5 après contact, pour en remonter 40...

La suite


Deux victoires de suite en championnat, dont une à l'extérieur, ça va clairement mieux pour le RCT. Le prochain match est dans deux semaines et ça sera toujours sans les internationaux. De plus il sera contre Montpellier, une autre équipe du ventre mou et qui sous-performer cette saison. Un match super important, le gagnant se donnera le droit d'entrer dans à une course pour les barrages, le perdant verra les doutes réapparaître de nouveau.

lundi 4 mars 2019

Marseille - ASSE, 2-0

Un peu plus d'ambition


Les Verts ont logiquement perdu à Marseille, au terme d'un match où ils ont été bien muselés par leurs adversaires, et voient ainsi le podium s'éloigner.

Les plan de jeu de l'ASSE pour le déplacement à Marseille a été détaillé par Jean-Louis Gasset en conférence de presse après le match : "On avait décidé de démarrer de manière prudente, pour essayer ensuite, si on tenait le choc, d'avoir un peu plus d'ambition". Ce qui ressemble au plan de jeu à Lille en octobre dernier : "L'objectif était de bien tenir, puis faire rentrer des joueurs qui vont dans la profondeur". Avec la même réussite...

Au delà du fait que ça serait sympa de montrer de l'ambition dès l'entame du match quand on joue "un gros", et non seulement si on arrive à tenir un moment, la question se pose donc pourquoi on a pas tenu ? Et la réponse vient de Cabella ("ils savent comment on joue, ils ont fait en sorte de nous bloquer"), mais aussi de l'entraîneur adverse ("tactiquement, on a été très bon en première (...) on a fait une bonne étude de l’adversaire, on savait ce qu’il fallait faire").

Regardons à l'aide de quelques exemples comment les Marseillais ont déjoué l'animation stéphanoise, mais avant cela un petit passage en revue des systèmes tactiques utilisés par les deux équipes.

Systèmes tactiques


Malgré l'absence de KMP et Gabriel Silva, le staff des Verts a démarré le match dans le désormais habituel 3-4-1-2 :


Une défense à 3 Perrin - Subotic - Kolo, deux pistons Debuchy - Polomat, deux milieux axiaux Aït Bennasser - M'Vila, un autre plus haut, Cabella, et finalement deux avant-centres, pas visibles ci-dessus, Khazri - Hamouma. Du classique donc pour l'ASSE, un système qui permet aux Stéphanois d'avoir une belle possession de ballon, mais loin des buts adverses. Ainsi la possession a été de 58% lors des premières 25 minutes et de 55% lors du reste de la 1MT, pas mal pour un match à l'extérieur chez un "gros". Pourquoi la séparation en deux de la première période ? Parce que c'est lors de sa première moitié que le match s'est joué : au bout du 5e tir en 20 minutes, le 4e cadré, l'OM menait déjà 2 à 0 et le match était plié. Pendant ce temps les Verts ne comptaient aucun tir. A partir de la 25e minute le rapport des tirs a été beaucoup plus équilibré, 7 à 6 pour les hôtes.

Comme les Verts n'y arrivaient pas et comme Perrin a ressenti une gêne, un changement tactique est intervenu à la pause - un passage en 4-2-3-1 :


Beric entré en avant-centre, Khazri s'est excentré à gauche et Hamouma à droite. Le changement a été radical en terme de contribution au jeu. Le premier a touché en 2MT deux fois moins de ballons qu'en 1MT. Et le deuxième a touché pendant 25 minutes de la deuxième - avant qu'il sorte - presque autant de ballons que dans toute la première.

Hamouma a en effet cédé sa place à Diony - du poste pour poste - et le 3e changement a aussi préservé le 4-2-3-1, en mettant Aït Bennasser à droite, à la place de Debuchy, et en laissant Vada se positionner dans l'axe à côté de M'Vila :




Quant à Marseille, leur 4-4-2 récent a été reconduit...


... mais il y avait une particularité lors de ce match. Les deux lignes de 4 dans ce bloc ne sont pas symétriques : si celle de la défense penche à droite sur l'image précédente, ce n'est pas le cas de celle des milieux. La raison est que le milieu gauche marseillais avait une tâche très précise : suivre les déplacements de Debuchy dans son couloir. Ainsi, très souvent le bloc de l'OM avait des allures de 5-3-2 :


Ceci a été la première réponse tactique du staff marseillais pour contrer les Stéphanois, mais pas la plus importante, comme nous le verrons dans les exemples suivants.


Les premières vingt minutes


Comme précisé plus haut, la première moitié de la 1MT a été très favorable à l'OM, le reste du match étant plus équilibré, résultant dans un bon 0-0 sans trop d'occasions. L'ingrédient principal qui a fait la différence lors de ces 20-25 premières minutes a été dans l'intensité. Les Marseillais en ont voulu tout simplement plus. On ne peut pas l'illustrer avec des captures d'écran, mais on peut mettre en évidence l'autre ingrédient essentiel, les choix tactiques.

Un premier élément a déjà été mentionné : les couloirs. En passant de 4-4-2 à 5-3-2 quand il fallait, les Marseillais ont tout simplement bloqué chacun des pistons des Verts, tout en laissant trois défenseurs s'occuper des deux avant-centres de l'ASSE. Si au centre du terrain on a pu assister à un duel Aït Bennasser - Cabella contre les deux axiaux adverses, l'animation stéphanoise a été complètement contrée par l'utilisation des deux avant-centres de l'OM, en marquage très rapproché sur M'Vila et Perrin. Comme dans cet exemple qui commence à la 5e minute avec un coup franc de Kolo pour Subotic :


Défense à 5 pour contenir les deux avant-centres et les deux joueurs de couloir. Marquage individuel entre les milieux axiaux, mais aussi d'un avant-centre marseillais sur M'Vila pendant que l'autre cherche Perrin.  La construction des Verts doit donc passer par une prise de risque, de passes vers des joueurs suivis de près par un adversaire :


Subotic combine avec M'Vila, puis avec Aït Bennasser - les deux arrivent à transmettre le ballon proprement, malgré la pression de leur adversaire direct. Debuchy est recherché dans son couloir, mais le milieu gauche marseillais sort et récupère le ballon. L'OM commence une attaque vers la gauche :


Le 5-2-3 stéphanois est bien visible, tout comme l'utilité d'une défense à 5 : les Marseillais attaquent en 4-2-4. Polomat sort de l'alignement pour bloquer le couloir, Kolo coulisse pour couvrir dans son dos et récupère le ballon, qui arrive à M'Vila :


Il cherche une solution, sous la pression d'un avant-centre, pendant que l'autre ne lâche pas Perrin. Aït Bennasser est pris aussi, mais comme Cabella s'était excentré, il avait attiré l'autre milieu axial, ce qui permet à Hamouma de faire un appel entre les lignes, où il est trouvé par la belle passe de M'Vila. Il élimine le milieu venu combler l'espace, mais pas le défenseur et la possession est de nouveau perdue :


Ces phases de transition sont dangereuses, même si les Verts ne se trouvent pas en infériorité dans cette situation. Polomat et Debuchy étaient haut, mais la défense à 3 et les 2 milieux ont seulement 4 Marseillais à gérer. Et pourtant...


... une projection toute simple du milieu axial resserre complètement la défense stéphanoise - Debuchy est trop loin pour couvrir dans l'axe et l'avant-centre adverse se présente seul contre Ruffier pour la première grosse occasion du match.


Quelques minutes plus tard, Polomat joue une touche pour Kolo :


M'Vila est suivi de près par un avant-centre, pendant que l'autre se tient pas loin de Perrin. Par contre, Aït Bennasser est libre - il est trouvé par Kolo, à qui il rend le ballon. Le défenseur stéphanois monte un peu balle au pied...


... pour chercher une solution. Le 5-3-2 de l'OM est parfaitement en place : les deux pistons des Verts sont pris, les trois éléments offensifs sont entre deux lignes de 3 dans l'axe (défenseurs-milieux). Et M'Vila a toujours son ombre avec lui. C'est donc toujours Aït Bennasser qui est trouvé, via Subotic. Comme précédemment, dès qu'il a la balle, le milieu adverse monte sur lui :


Il joue avec Perrin, l'autre AC le cherche. Le ballon arrive à Debuchy, le milieu latéral le cherche. Et M'Vila n'est toujours pas disponible. Le jeu est envoyé vers la défense, où Subotic change de côté :


Malgré le surnombre apporté par Kolo, il n'y a pas de décalage et après un échange Polomat-Cabella-Kolo, le ballon revient dans l'axe de la défense. Tous les Stéphanois censés construire le jeu (M'Vila, Aït Bennasser, Perrin) sont pris, mais Subotic est libre :


Il monte donc avec le ballon et il est intéressant d'observer qu'aucun des deux avant-centres ne cherche à l'arrêter, ils suivent toujours leurs cibles. La passe casse la ligne des milieux, mais les offensifs de l'ASSE se trouvent contre une défense bien en place. Cabella trouve Khazri, qui essaye de dribbler et tirer, sans succès.


L'animation stéphanoise a été bien lue par leurs adversaires et il était important pour Marseille de bien la contrer, elle pouvait être bien dangereuse, comme le montre cet exemple qui commence avec une autre touche de Polomat pour Kolo :


Le (4-)4-2 de l'OM est en place, tout comme le 3-4-1-(2) de l'ASSE. Mais par rapport à l'exemple précédent, une différence importante est visible : l'avant-centre ne reste pas à côté de M'Vila, mais s'en va chercher Kolo. Le milieu stéphanois décroche...


... et reçoit le ballon dans l'axe. Il peut donc construire proprement et il cherche une solution :


"Son" avant-centre reste à côté de Kolo, pendant que l'autre est discipliné et s'en va chercher Perrin, ce qui libère un angle de passe vers Aït Bennasser. M'Vila est recherché par un milieu axial, ce qui permet aux Stéphanois de trouver Cabella et Polomat à gauche - dans deux passes les deux premières lignes du bloc marseillais ont été franchies. Cabella laisse le ballon aller vers le côté et fait un appel dans l'axe :


La défense à 5 de l'OM est toujours en place, mais elle se trouve contre 5 stéphanois et elle est sur le reculoir. Cabella est trouvé et donne à Khazri...


... qui combine avec Debuchy à droite. Malheureusement les Verts ont pris trop de temps et n'ont pas profité du léger déséquilibre en leur faveur. Mais ce n'est que partie remise, car Khazri...


... se joue de trois défenseurs. Il y a un 3-contre-3 dans la surface, Cabella fait un appel en retrait, Hamouma au premier poteau et Polomat au deuxième. C'est le dernier qui est recherché par le centre tendu de Khazri, mais malheureusement un défenseur s'interpose - ça a été la plus grosse occasion stéphanoise du match.



Conclusions


En effet, la phase de construction stéphanoise a été bien lue et contrée par leurs adversaires. Certes, ce n'était pas si difficile, il n'y a eu aucune variation les derniers mois - autre que des changements de joueurs imposés par les blessures. De plus, elle est complètement dépendante de quelques éléments-clés : s'ils sont bloqués, c'est beaucoup plus difficile pour les Verts de trouver des failles dans le bloc adverse. Une mention spéciale est due au positionnement de M'Vila : à Noël, une analyse tactique expliquait qu'une défense à 3 lui permet d'évoluer plus haut. Ce qui implique qu'il est plus facilement prenable en marquage individuel - quand il reculait beaucoup à côté des axiaux d'une défense à 4, si un adversaire voulait le suivre, il se faisait aspirer, créant un vide dans le bloc de son équipe.

Mais au delà de cet aspect tactique, la différence a été dans l'intensité mise en oeuvre. Les Marseillais ont su en profiter lors de leurs très bonnes 20 minutes, les Stéphanois ne l'ont jamais affiché. Au contraire, ils ont plutôt donné l'impression d'avoir baissé les bras une fois l'écart au score creusé. On peut voir cette résignation dans le jeu proposé, mais aussi dans les mots du staff ("si on finit 5e, on sera dans les objectifs du club (...) Ce n'est pas un manque d'ambition, c'est du réalisme") ou des joueurs ("On n'a pas battu d'équipes devant nous ? C'est qu'on n'a pas l'intention de jouer l'Europe. On va la fermer et rester à notre place...").  La dernière déclaration appartient à M'Vila et on peut lire une certaine frustration et envie de révolte - ça tombe bien, le prochain match sera l'occasion idéale de montrer qu'on sait faire les choses différemment. Contre un solide deuxième, il faudra être capable de varier tactiquement et de mettre une intensité digne d'une rencontre européenne, surtout à Geoffroy-Guichard...

dimanche 24 février 2019

RCT - Pau, 38-11 (Webb, Isa, Tuisova, Ikpefan, Meric)

L'avant-match


Après le non-match de la semaine dernière, les Toulonnais se doivent de réagir, surtout devant leur public. Malgré les absences des internationaux et encore quelques blessés, le staff du RCT a décidé de trancher dans le vif, écartant quelques joueurs à qui on reproche une faible implication (van der Merwe, Krüger, Saivea...). Mais ce match est important aussi d'un point de vue comptable, les deux équipes étant au même niveau en classement, avec un faible matelas au dessus de la zone rouge...

Le match...


... commence très bien pour le RCT, qui envoie du jeu. Les Toulonnais profitent d'un carton jaune adverse, se font beaucoup de passes et marquent deux essais, par Webb et Isa. Deux joueurs piqués au vif par les déclarations du staff après leurs prestations de la semaine dernière. Malheureusement les hôtes ne gèrent pas très bien les sorties de leur camp après avoir marqué et laisse les Palois revenir dans le match, le score étant de 14-8 après une demi-heure de jeu. Tuisova, très en forme lui aussi, marque le troisième essai toulonnais à la 34e, au large, après une belle action. Et après une pénalité de chaque côté, la 1MT se finit sur un score de 24-11.

La deuxième période ne ressemble pas à la première, ce sont les Palois qui contrôlent le match, qui envoient du jeu, mais sans marquer, la faute d'une très belle défense du RCT. Malheureusement les Toulonnais gâchent leurs munitions en attaque, surtout sur les touches - plusieurs lancers dans les 22m adverses étant perdus. Néanmoins, le bonus offensif est obtenu grâce à une relance de leurs 22m, quand à la 51e Isa arrache le ballon sur un plaquage et le terrain est remonté rapidement avec un beau jeu de passes. Et juste avant la sirène ce bonus est sécurisé avec une autre relance des 22m :

L'action


On joue la fin du match, la victoire du RCT est assurée, le bonus offensif virtuellement acquis. Une jeu au pied palois est récupéré et les Toulonnais relancent de leurs 22m. Isa (7) sort le ballon d'un ruck...


... et comme tout le monde s'attend qu'il le passe à gauche, il tape un coup de pied pour lui même avant de franchir sur 20 mètres ! Tuisova (14) et Ikpefan (11) assurent la sortie du ballon, qui arrive dans les mains de Meric (9) :


Le jeu de passes toulonnais est impressionant. Meric (9) pour Trihn-Duc (12), qui choisit Lakafia (8) au milieu d'un groupe de 3 avants, avec Monribot (6) et Fresia (1). Pas de point de fixation, le capitaine du RCT sert Carbonel (10)...


... qui sert Fekitoa (13), arrivé lancé. Il fixe un des 3 derniers défenseurs et donne après contact à Alainu'uese (4), qui fixe l'avant-dernier défenseur...


... et passe après contact à Devaux (3), qui fixe le dernier défenseur et donne après contact...


... à Carbonel (10). Il aurait pu jouer à droite, avec Gorgodze (5) et Soury (2), mais il a préféré l'intérieur, où le demi d'ouverture est suivi par Monribot (6) et Lakafia (8), mais aussi par Meric (9). Le dernier est servi pour éliminer le palois qui était arrivé en couverture et le 5e essai toulonnais est tout fait.

Huit passes dans un seul temps de jeu, qui commence avec Meric et qui se finit avec lui. Du jeu sur la largeur, des prises d'interval, des passes après contact... du rugby, quoi, on avait oublié à quoi ça ressemble du côté de la Rade.

La suite


Avec cette victoire bonifiée, les Toulonnais se placent parfaitement dans le ventre mou, à égale distance, 13 points, entre la 6e place et le premier relégable. Ils ont montré une belle réaction, mais elle était à domicile - il faudra enfin se montrer en vraie équipe de rugby à l'extérieur. Et la semaine prochaine l'occasion est idéale, un déplacement chez la lanterne rouge. Entre une équipe qui n'a jamais gagné à domicile et une autre qui n'a pris aucun point à l'extérieur, laquelle mettra fin à son record ?

Dijon - ASSE, 0-1 (Subotic)

Courage, Gaby !


Les Verts ont réussi à gagner à l'extérieur (seulement la troisième fois en Ligue 1 cette saison) - une petite victoire, mais importante dans la course à l'Europe.

Malheureusement, la victoire à Dijon a été entachée par la grave blessure de Gabriel Silva, qui sera absent jusqu'à la fin de la saison. Avec celle de KMP la semaine dernière, le 3-4-1-2 stéphanois des deux derniers mois n'a plus sa paire de pistons. Pire, les deux étaient ceux qui pouvaient suppléer Debuchy en latéral droit - si le titulaire continue à ne pas pouvoir enchaîner les rencontres, le staff des Verts aura des sacrés casse-têtes à résoudre. Surtout que Polomat, le piston gauche remplaçant, est sorti à son tour légèrement blessé à la cheville de cette rencontre.

Pour en finir avec le point infirmerie, une déclaration de Gasset au micros télés après la rencontre laisse entrevoir un changement tactique pour les matchs à venir. Comme Subotic était encore malade, avec de la fièvre - il avait manqué le précédent match suite à un virus - il dit avoir préféré sécuriser la défense en les faisant jouer à 3 derrière. Ce qui laisse donc penser que sans KMP la défense à 5 aurait été abandonnée, et qu'on se dirige donc vers un retour d'une défense à 4 pour les matchs à venir.

Par contre, pour ce match, c'était bien le 3-4-1-2 habituel, dans lequel les Verts ont été dominateurs, mais tranquillement, sans forcer. Une large possession, des situations intéressantes de temps en temps, faisant courir l'adversaire en attendant que ça sourit. Mine de rien, ils ont tiré 16 fois au but et ils ont eu quelques occasions intéressantes. Les exemples suivants illustrent différents aspects du jeu stéphanois : construire les attaques, défendre et procéder en contre sur les phases de transitions. Avec un léger focus sur un élément (pas très) important dans leurs offensives.


Première période


On joue la 17e et les défenseurs de l'ASSE construisent patiemment une attaque en se passant le ballon :


Aït Bennasser et M'Vila sont près de la défense, pendant que Cabella se trouve très haut, excentré à droite. Il décroche et reçoit le ballon du premier milieu axial...


... avant de remonter un peu le terrain et de lancer le piston droit stéphanois, Gabriel Silva. Les Verts attaquent à 4 (Silva - Polomat dans les couloirs, Khazri - Diony dans l'axe) contre un bloc sur deux lignes de 4. Même si la passe de Cabella permet de passer la première ligne, il y a une trop faible présence dans la surface pour que le centre du latéral brésilien puisse être repris. Néanmoins, les Dijonais ont du mal à se dégager - ils y parvient, mais seulement pour perdre la possession immédiatement. Le ballon arrive de nouveau dans la défense stéphanoise :


Cabella est toujours placé à côté de Silva - il est trouvé par la passe de Subotic, mais préfère jouer en arrière, avec Perrin. Subotic reçoit de nouveau le ballon...


... qui arrive de nouveau à Cabella, via Aït Bennasser, et de nouveau une passe en arrière vers le défenseur serbe. Qui décide maintenant de jouer latéralement vers Kolo, qui monte un peu avec le ballon...


... avant d'essayer une passe en profondeur, n'ayant pas d'autres solutions. Ses deux milieux axiaux sont en latéral, Cabella au côté opposé, Khazri et Diony n'ont pas décroché, la seule possibilité aurait été Polomat, mais il était marqué de près. Le ballon est facilement intercepté par un défenseur.


Un quart d'heure plus tard, c'est au tour des Dijonnais de construire une attaque, pendant laquelle il faut surveiller le positionnement respectif des milieux des deux équipes :


Le duo Aït Bennasser - M'Vila est bien en place, tout comme la paire Cabella - Khazri qui empêche les passes vers les deux milieux défensifs adverses. Le ballon est envoyé vers le latéral gauche, donc Silva monte le chercher. Le défenseur de Dijon change de côté...


... et la paire Cabella - Khazri empêche toujours le jeu dans l'axe. C'est autour de Polomat de sortir sur le latéral adverse...


... qui combine avec un milieu, qui n'avait pas du tout été suivi par Khazri. M'Vila est donc obligé de sortir, pendant que l'ailier droit adverse fait un appel dans le dos de Polomat. Kolo doit sortir à son tour...


... et le milieu dijonnais joue parfaitement le coup, faisant à chaque fois des appels dans les espaces libérés par un Stéphanois. C'est donc Aït Bennasser qui est aspiré...


... et le milieu offensif adverse est donc complètement libre dans l'axe, surtout que Silva et Perrin ont deux attaquants à surveiller et ne peuvent pas sortir. Son tir de loin est cadré - leur seul de la première période - mais sans problèmes pour Ruffier.


Même pas deux minutes plus tard, le goal dijonnais cherche son avant-centre avec un long dégagement :


Le ballon est dévié vers le meneur de jeu, qui repique dans l'axe. Il est suivi par Gabriel Silva et Cabella se replie aussi. Entre les deux, il perd le contrôle...


... et les Stéphanois récupèrent la possession, avec M'Vila. Une passe verticale trouve Khazri et les Verts essayent de se montrer dangereux sur cette phase de transition.


Cabella se projette vite dans le couloir droit, il reçoit le ballon, mais préfère temporiser - avec Khazri et Diony ils étaient 3 contre 7 adversaires. Il joue donc en retrait pour Aït Bennasser...


... qui lance parfaitement Gabriel Silva à droite. Non seulement plusieurs adversaires ont été éliminés par la passe et le latéral brésilien est bien décalé dans son couloir, mais en plus le rapport de forces est plus équilibré dans l'axe, avec Khazri et Diony contre trois défenseurs :


Le premier fait un appel au premier poteau, Cabella et M'Vila sprintent pour proposer des solutions aussi, mais Diony ne bouge pas :


Le centre de Gaby cherche donc M'Vila, qui contrôle et enroule une frappe - elle partait bien, mais elle a est repoussée en corner par un défenseur.


Deuxième période


Si l'exemple précédent met en évidence une non participation de Diony au jeu stéphanois, ce n'est malheureusement pas une exception, comme le montre une statistique toute simple : le nombre des ballons touchés - 15 en première période, 6 en deuxième avant de sortir. Pour mettre les choses en perspective, en 1MT tous les autres joueurs de champ en ont touché au moins le double - même Ruffier, pourtant pas sollicité, en a touché plus que lui. Khazri, l'autre avant-centre, a touché le double des ballons de Diony en 1MT et le triple en 2MT avant la sortie de l'ancien Dijonnais. Pourtant, on ne peut pas dire que sa contribution offensive a été complètement nulle, comme le montre cet exemple qui commence tout de suite après la triste sortie de Gabriel Silva :


L'attaque est construite patiemment par la défense des Verts et le ballon est envoyé à gauche, où Polomat le relaye jusqu'à Cabella. Dos au but, celui-ci préfère jouer en arrière avec M'Vila...


... qui trouve de nouveau Polomat, avec un passe qui élimine la ligne des milieux adverses. Le latéral gauche et Cabella échangent quelques passes sans combiner avec Diony, à proximité :


Ce jeu attire un bon nombre de défenseurs adverses, l'idée est donc de changer de côté. C'est fait en jouant en arrière avec M'Vila...


... qui écarte avec Perrin. Le capitaine stéphanois voit l'appel de Khazri et lui donne le ballon :


Le contrôle orienté de l'avant-centre élimine deux adversaires et lui permet de se tourner face au jeu. Nordin, le nouveau latéral des Verts, fait un appel à droite mais il n'est pas servi. Diony, auparavant excentré, fait un appel vers l'axe, sans être servi non plus. Mais son appel resserre la défense et un beau décalage est créé à gauche, où Khazri envoie le ballon :


Le 2-contre-1 est très bien joué par Polomat, qui lance Cabella dans la surface - son tir cadré est repoussé par le gardien. Dans la surface, on peut voir Nordin, suivi par un défenseur, et Diony, entouré par trois ! Même s'il ne participe pas activement au jeu, sa présence et ses déplacements peuvent être utiles, en monopolisant des défenseurs. Après, il peut y avoir débat : si on utilise un avant-centre qui ne construit pas, qui sert seulement à fixer la défense et qui doit se contenter de très peu de ballons, est-ce qu'il n'y en a pas en autre plus efficace dans l'effectif ?



Sinon, pour revenir au déroulement du match, l'ASSE a évolué dans le dernier quart d'heure dans un système plus classique, en 4-2-3-1 :


Saliba est entré en latéral droit, Nordin est monté en ailier et Abi est entré à l'aile gauche - les trois remplaçants stéphanois étaient très jeunes et, avec cette série de blessures, ça deviendra une habitude lors des prochains matchs. Sur l'image ci-dessus, prise à la 80e avant une frappe de Nordin au dessus de la transversale, on peut aussi voir une différence importante entre les deux équipes. Les Verts ont 4 défenseurs qui ne montent pas, ils attaquent seulement avec 4 joueurs, mais gardent la paire M'Vila - Aït Bennasser en contrôle du milieu. Par contre, les Dijonnais sont complètement coupés en deux, entre les 4 attaquants qui ne descendent pas et les 6 défenseurs.



Conclusions


Qu'est-ce qu'on peut donc retenir de ce match ? Comme la semaine dernière, une grave blessure. Et il faudra que cette habitude cesse, sinon dans quelques matchs l'ASSE devra aligner les U19. Déjà, à Dijon les trois entrants étaient jeunes et le seul joueur de champ expérimenté sur le banc était Beric. D'ailleurs, sa non-titularisation peut être vue comme une surprise. C'était un match dominé par les Verts, où l'avant-centre titulaire a fait un match "à la Beric" : invisible dans le jeu, très peu de ballons joués, en se contentant de fixer la défense - avec la partie "se procurer une seule occasion, mais la mettre au fond" en moins. Bref, les remplaçants étaient jeunes et ils ont fait ce qu'ils ont pu, certains plus à l'aise que d'autres. Mais peu importe, à la fin c'est les trois points qui comptent, les Stéphanois ont gagné - une victoire méritée, obtenue sans forcer. Il faudra par contre élever leur niveau de jeu lors des deux prochains matchs, contre deux concurrents directs, s'ils veulent viser plus haut que la cinquième place.