lundi 21 août 2017

ASSE - Amiens, 3-0 (Bamba, Dabo x 2)

Moins de maîtrise, plus de réussite


Troisième victoire sur trois possibles pour l'ASSE, mais moins de maîtrise que les précédents matchs...

Les deux mi-temps de ce match ont été différentes, le score de 2-0 à la pause pouvant expliquer ceci. Mais c'est surtout la différence flagrante entre le début de chaque période qui surprend : les Verts ont eu 68% de possession lors des 20 premières minutes (et ont réussi 84% de leurs passes), mais seulement 33% de possession lors des 15 premières minutes de la 2MT (et ont réussi 72% de leurs passes). C'est donc assez intéressant de regarder de près ces deux gros quarts d'heure, pour mieux comprendre ce qui a bien ou mal fonctionné.

On a largement dominé...


... les premières 20 minutes, pendant lesquelles on a d'abord essayé de garder la possession du ballon et de balayer le terrain d'un côté à l'autre en cherchant une faille dans le bloc très bas et compact d'Amiens. Par exemple, à la 7ème minute, on a une attaque placée côté droit, où Janko joue une touche pour Dabo, qui lui redonne le ballon :


Sur cette image on peut voir le triangle pointe basse (Selnaes) et les trois éléments offensifs disposés sur la largeur. Janko cherche à trouver Diony, le ballon est dégagé en touche par un défenseur adverse et KTC court et joue très vite la touche pour Perrin, pour donner du rythme à la rencontre. Le jeu est déplacé à gauche :


Perrin, RPG, Bamba, Diousse et Selnaes combinent dans un petit périmètre, mais quasiment sans adversaires autour. Le but est de garder la possession, d'attirer le bloc adverse de ce côté. Ce jeu de passe continue encore un peu...


... et maintenant le jeu est envoyé par Selnaes vers le côté opposé, via KTC, qui lance Janko dans son couloir :


Malheureusement Janko n'ose pas monter plus haut sur le côté, il revient en arrière avec KTC qui lui redonne le ballon. Ce jeu de passe inutile permet au bloc adverse de coulisser, mais il faut souligner le placement très intéressant des milieux (axiaux et excentrés) stéphanois : Diousse, Dabo, Bamba et Hamouma forment une ligne de 4 entre les lignes adverses. Finalement Bamba fait un appel dans le couloir, Janko cherche à le trouver...


... mais la passe est interceptée. Il faut aussi dire qu'avec un 5-4-1 en place, Amiens avait à la fois des joueurs dans les couloirs, tout en laissant du monde dans l'axe pour défendre. Perte de ballon haute pour l'ASSE ? La suite devient une habitude - pressing haut pour le récupérer :


L'action n'aura pas une suite intéressante, mais elle est relévante pour l'approche tactique initiale de l'ASSE. Ce jeu de possession d'un côté à l'autre dans le camp adverse ne produisant pas des résultats, les Verts ont passé à une tactique différente : balancer des longs ballons. Plusieurs passes vers la défense adverse (pas forcément dans son dos) ont été effectuées lors des ces premières 20 minutes. Les défenseurs ont gagné quasiment tous les duels... mais les stéphanois quasiment tous les deuxièmes ballons. On a ainsi pu s'approcher du but adverse, comme lors du premier penalty, quand la longue passe de KTC vers Diony et Hamouma (un à côté de l'autre) est gagnée de la tête par un défenseur, mais à la retombée du ballon les deux attaquants se battent pour le récupérer, le premier se faisant faucher dans la surface.


... et on a été largement dominés

Amiens étant mené 2-0 à la pause, ils ont du changer leur tactique basée sur un bloc très bas et dense, il fallait attaquer. Menant 2-0 à la pause, les Verts savaient que leur adversaire allait se découvrir et comme ils aiment un jeu vertical, dans les espaces créés après une récupération du ballon, l'approche tactique des deux équipes pour la 2MT semblait évidente.

Un quart d'heure sans
Mais on ne pouvait pas s'attendre à une si large domination d'Amiens lors du premier quart d'heure de la 2MT. Non seulement 67% de possession de balle, mais surtout cette impression que les Verts n'arrivaient pas à sortir avec le ballon de leur moitié - impression correcte vus tous les mauvais choix faits par les stéphanois. Quelques exemples.

Centre-tir d'Amiens repoussé par Selnaes jusqu'à Diony - Hamouma part lancé, Diony préfère s'appuyer sur Dabo... mais sa passe est mauvaise et le ballon est perdu de nouveau :


15 secondes plus tard, un défenseur adverse joue un long ballon, repoussé de la tête par Perrin :

Notre milieu était bien en place, les deux excentrés aussi et l'option prise par Amiens lors de ce quart d'heure a souvent été de passer par dessus. Bref, Selnaes joue très vite vers l'avant...


.... mais la remise de Diony pour Hamouma est mal assurée et le ballon est perdu de nouveau.


Quelques minutes plus tard, longue passe (de nouveau), gagnée de la tête par RPG, le ballon arrive à Dabo, qui se marche sur les pieds avec Selanes et sous le pressing adverse nos milieux perdent le ballon :


30 secondes plus tard, un mauvais contrôle adverse profite à Diousse qui récupère le ballon et lance très vite Dabo, mais celui-ci fait un mauvais contrôle et perd le ballon :



Finalement, un dernier exemple, la ligne des milieux stéphanois est en place, mais Diousse décide de sortir au pressing, tout seul :


Comme personne ne l'a suivi, il se fait facilement aspiré et éliminé, les adversaires pouvant profiter du trou créé...



On sort la tête de l'eau
L'entrée de Maiga pour Diousse marque la fin des mauvais choix stéphanois dans la sortie de balle. Par contre, ce n'est pas directement lié au nouvel entrant, comme on peut le voir sur la toute première action après le changement : 


Long ballon de KTC, gagné de la tête par la défense adverse, récupéré tout de suite par un stéphanois - un classique lors de ce match. Bamba reçoit le ballon et le garde un peu dans le rond central avant de décaler Gabriel Silva sur la gauche, qui lance en profondeur Diony.


Le ballon est trop long, mais Diony presse le gardien et le défenseur adverse. Ils arrivent à s'en sortir, mais Bamba et Dabo vont aussi au pressing et ils arrivent à récupérer le ballon :


La possession est sécurisée avec une passe en retrait pour Selnaes, qui déplace le jeu à droite dans la course de RPG :


Le centre est repoussé par le gardien adverse, mais Selnaes se bat et récupère le ballon...


... avant d'ouvrir à gauche pour Hamouma - malheureusement son centre est contré. Une petite action pendant laquelle le nouvel entrant, Maiga, n'a pas touché le ballon. Mais on a gardé la possession dans le camp adverse, on a fait du pressing haut qui a payé et on a repris confiance. A partir de ce moment là, Amiens n'a plus réussi à dominer si outrageusement qu'avant.


Et on joue enfin les contres proprement
Bien évidemment, on a continuer de laisser la possession aux adversaires - après tout l'idée était de les punir en contre. Sauf qu'à partir de la 60ème, on a commencé à faire des bons choix quand on récupérait le ballon, autrement dit à sortir proprement de notre camp. Trois petits exemples.

Maiga est trouvé sur la ligne médianne par un défenseur et il ne joue pas vite, il garde le ballon pendant quelques secondes...


... en attendant la course de Hamouma, qui reçoit le ballon parfaitement dosé - son tir est repoussé par le goal dans les pieds de Bamba, son tir est contré par un défenseur.


Bamba reçoit le ballon dans le couloir droit et le garde, il monte un peu avec, avant de le donner en retrait à Selnaes, qui ouvre pour Hamouma lancé à l'opposé :



Et finalement, le contre qui n'en est pas un : deux changements sont éffectués par Amiens, coup sur coup, le match est interrompu pendant presque une minute. Dès qu'il reprend, Ruffier lance KTC, qui trouve Bamba avec une belle passe au sol :


Bamba garde le ballon, élimine un joueur et ouvre pour Hamouma, lancé dans l'axe :


Le goal adverse sort dans les pieds de Hamouma, mais ne peut que repousser le ballon dans ceux de Dabo, qui marque dans le but vide. Ce n'était pas un contre (reprise de jeu après deux changements), mais c'est parti du gardien et en deux passes verticales on était dans la surface adverse. Enfin, entre les deux passes il y a eu les quelques secondes pendant lesquelles Bamba a gardé le ballon au milieu -  et c'est exactement l'élément commun présent dans les exemples "contres réussis" et absent de la période quand on était ultra-dominés. Pendant les 15 premières minutes, on essayait soit de sortir trop vite, soit on n'arrivait pas à garder le ballon au milieu les quelques secondes nécessaires aux attaquants pour faire l'appel en profondeur.



Conclusions


Tactiquement, il y a eu deux matchs différents. Le premier, on a vu les Verts essayer de défaire une défense regroupée en gardant le ballon, en essayant de passer d'un côté à l'autre ou via des longs ballons en profondeur. Le deuxième, on a vu les Verts abandonner la possession du ballon et procéder en contres... très mal lors des premières 15 minutes de la deuxième période, nettement mieux ensuite. La deuxième tactique a été analysée plus en profondeur pour deux raisons - il y aura probablement plein d'autres opportunités pour regarder comment les stéphanois d'Oscar Garcia s'emploient à défaire une défense hermétique. Mais surtout, le match suivant, à Paris, risque de beaucoup ressembler à la deuxième période, quand on a moins eu le ballon. Il faudra donc espérer qu'il ne ressemblera pas à ces fameuses 15 minutes quand on a tout fait à l’inverse, mais plutôt à la suite, quand on a su être efficaces.

mardi 15 août 2017

Caen - ASSE, 0-1 (Hamouma)

Diversité tactique


Tactiquement, le match contre Caen ne ressemble pas au match contre Nice, mais la maîtrise Stéphanoise reste visible, malgré les différentes approches tactiques proposées.


A Caen, les Verts n'ont pas eu la chance d'ouvrir le score rapidement comme lors de la précédente journée. Ainsi, ils ont du travailler dur pour réussir à trouver des failles dans un bloc défensif bien en place et pour cela ils ont essayé plusieurs approches, la différence entre les deux périodes étant assez nette.

Première période


Lors du premier acte, l'ASSE a eu la possession, a imposé le rythme, sans pour autant arriver à suffoquer son adversaire, à le siéger dans son propre camp. La faute aussi à une équipe de Caen qui a su se défaire du pressing haut des Verts.

Pressing haut
Comme la plupart des observateurs, le coach adverse avait prévu que les Stéphanois allaient faire du pressing et avait donc envisagé que la solution passerait : "par de la mobilité et de la qualité technique". Par exemple, quand le milieu Vert décide de monter haut pour récupérer le ballon à la 42ème...


... les joueurs de Caen combinent dans un petit périmètre...


... et s'en sortent merveilleusement du côté opposé :


10 secondes de pressing, inefficace, avec 6 Stéphanois pour 6 adversaires - le ballon sorti est donc dangereux, la défense étant en situation de 1 contre 1. Il suit un centre de la gauche repoussé par Perrin, ballon récupéré par Caen, frappe lointaine repoussé par un défenseur, ballon récupéré de nouveau et un centre-tir qui heureusement sort du terrain. Bref, le pressing haut est bien quand ça marche, mais risqué quand ça ne marche pas.


Du mouvement
La possession Stéphanoise n'a pas été écrasante en 1MT (55%), elle n'a pas été concrétisée (même si plusieurs grosses occasions ont permis au vilain gardien adverse de s'illustrer), mais elle n'a pas été sans idées, ennuyante et "en mode purge". Les mouvements de nos joueurs ont été intéressants et les circuits de passe plutôt bien travaillés, comme par exemple une longue attaque à peine 2 minutes plus tard que l'exemple précédent. Une attaque qui part de derrière, avec KTC qui lance Janko dans son couloir :


Bamba décroche vers le côté embarquant son central, Hamouma et Diousse se projettent dans l'espace vidé. Notre latéral droit préfère de revenir vers ses défenseurs et le ballon arrive à Dabo dans le rond central :


Bamba revient dans l'axe, embarquant avec lui le latéral, et laissant le côté libre pour Hamouma, bien trouvé par la passe de Dabo :


Malheureusement son centre est repoussé (par l'ailier qui a fait l'effort de revenir). La touche est jouée vite, le ballon circule bien...


... et Dabo est de nouveau trouvé dans l'axe. On n'est pas en position de surnombre, mais Diousse se place entre les lignes et il est bien trouvé par la passe :


Comme la ligne des milieux adverses a été traversée par la passe de Dabo, c'est un défenseur qui doit sortir sur Diousse - la situation des défenseurs adverses est compliquée par le positionnement très axial de Hamouma. Diousse garde le ballon suffisament de temps pour permettre à ses coéquipiers de proposer des solutions et finalement il le redonne à Dabo...


... qui lance Tannane, décalé à gauche. Le latéral étant monté, c'est un central qui doit couvrir, laissant beaucoup de place dans l'axe pour les appels de Diousse, Hamouma et Bamba. Malheureusement la passe de Tannane vers le premier est contrée. Du jeu dans un petit périmètre, avec des appels, du mouvement, une conservation de balle sous pression avant de la sortir vers un coéquipier décalé... on dirait les toros de l'entraînement.


Deuxième période


L'ASSE n'a pas mal joué lors de la 1MT, même si le pressing a moins bien fonctionné que lors du premier match, même si les occasions franches n'ont pas été nombreuses - la légère possession et les mouvements répétés des joueurs n'ont pas été récompensés. Alors il fallait changer quelque chose à la pause, pour trouver un moyen de créer de l'espace dans le bloc adverse, jusqu'à là bien en place et trop serré. Et le staff Stéphanois a trouvé pas une, mais deux approches différentes à ce problème.

Aspirer le bloc adverse
Pendant les 5 premières minutes de la 2MT, les Verts ont eu le monopole du ballon, avec pas moins de 86% (!) de possession de balle. Mais ça n'a pas été une possession étouffante, ayant comme but de pousser l'adversaire à la faute. Au contraire, ça a été une possession piège, qui cherchait à aspirer les adversaires, à les faire sortir de leur bloc pour créer des espaces, comme le montre cette action à la 47ème :


Le dégagement du goal adverse arrive sur Selnaes, qui passe le ballon à Diousse, qui choisit de jouer en arrière, avec Perrin. Sur cette image on voit le positionnement des 3 milieux axiaux de chaque côté, ainsi que la ligne d'attaque adverse, à hauteur de la ligne médiane. 


Les Verts gardent le ballon dans leur moitié, multipliant les passes et laissant le bloc adverse remonter - on voit bien le 1-4-1 de Caen, maintenant ce sont les milieux qui se trouvent sur la ligne médiane. Le ballon est envoyé jusqu'à Ruffier et les adversaires décident de presser :


Un milieu adverse suit Selnaes, pour empêcher la première relance - le problème de Caen est que l'ASSE bénéficie de plusieurs relanceurs, et Diousse est facilement trouvé par Perrin. L'équipe adverse est coupée en deux, l'espace entre les défenseurs et les attaquants est trop grand et leurs milieux ne sont pas positionnés pour l'occuper : un a été aspiré par Selnaes, pendant que les deux autres sont restés sur la ligne médiane. Alors Diousse a le temps de se retourner, d'avancer avec le ballon et de profiter des appels de ses coéquipiers :


Dans seulement deux passes verticales (celle de Perrin qui coupe la ligne de pressing et celle de Diousse qui coupe la ligne des milieux), nos attaquants sont trouvés. Bamba décroche de nouveau, Hamouma distribue bien, Dabo se projette et malheureusement son centre n'est pas bien repris par Tannane au deuxième poteau.

Jouer les contres
Après ces 5 premières minutes de la 2MT, avec une forte possession Verte et une équipe adverse aspirée, la tactique a changé - pour créer des espaces dans le bloc adverse, il n'y a rien de mieux que de leur laisser le ballon. Ainsi, pendant le quart d'heure qui a suivi, la possession a été pour Caen - 54% - du jamais vu jusqu'à ce moment du match. Et en bonne équipe expérimentée, l'ASSE a su en profiter, comme l'analyse si bien un des milieux adverses : "C'est quand on commence à être très bien dans la partie, à prendre un peu le pas sur cette équipe de Saint-Etienne, qu'on se fait punir en contre.". A la 67ème, un long ballon adverse est envoyé en touche sur notre droite, la remise en jeu l'envoie de l'autre côté, pour revenir au même endroit via une transversale :


On défend bas (Diony se trouve à 40m de nos buts), les milieux axiaux adverses essayent de combiner dans l'axe, mais ils se font prendre dans le piège du pressing mené par les nôtres, aidés par Bamba (positionné en ailier droit) :


Avec de la chance, Selnaes et surtout Bamba se defont des 3 milieux adverses - dès que le ballon a été récupéré, Hamouma a commencé sa course - laissant loin derrière lui son adversaire direct. Diony fait l'appel qu'il faut, aspirant le défenseur central...


... pour ouvrir l'angle de passe à Bamba et laisser Hamouma filer tout seul vers le but.




Conclusions

Deux victoires lors des deux premières journées, c'est un très bon début pour le nouveau staff Stéphanois. Mais au delà du résultat, ce qui ressort est aussi l'approche tactique variée, plusieurs options étant utilisées en fonction du score et de l'adversaire. Pressing haut et agressif ou bloc défensif très bas et serré lors du match précédent. Possession dans le camp adverse avec un jeu en petit périmètre et mouvements, ou possession basse pour aspirer l'adversaire ou même jeu de contre lors de ce match - tout ce qui peut marcher est essayé. Et comme tout est fait en gardant la maîtrise du match, ça finit par sourire, même si pour l'instant on n'arrive pas à tuer les matchs. Bien sûr que ça ne marchera pas à chaque fois, mais cette diversité tactique est une force et il est fort probable que la maîtrise Stéphanoise augmentera au fur et à mesure de la saison.

dimanche 6 août 2017

ASSE - Nice, 1-0 (Bamba)

Verticalité et mouvement


Premier match officiel de la saison - première victoire, premiers renseignements tactiques sur le style de jeu mis en place par le nouveau staff Stéphanois.


Pour Nice, le style de jeu de la saison dernière et celui aperçu lors des tours préliminaires de la Ligue des Champions est celui d'une équipe qui aime avoir la possession, mais qui est surtout dangereuse à la récupération du ballon, soit haut, soit dans sa propre moitié (avec des contres rapides). Les déclarations d'Oscar Garcia laissent penser que c'est le style recherché pour l'ASSE aussi, mais avec plus de pragmatisme : si on n'a pas les joueurs pour ou si l'adversaire ne nous le permet pas, alors on ne cherche pas la possession. Au contraire, on s'adapte à l'adversaire, on appuie là où ça fait mal. Dans le cadre de ce match, une tactique basée sur de la verticalité dans le jeu - et une grosse solidité défensive quand on était privés du ballon.

Possession stérile


Le plan de jeu Stéphanois a fonctionné à merveille contre Nice. Très tranchants et très dangereux lors de la première demi-heure, avec un but rapide et plusieurs possibilités d'aggraver le score par la suite - 5 des 7 tirs dans le jeu pour les Verts ont été effectué dans les 30 premières minutes. Après ce moment, Nice a pris le contrôle du ballon et a imposé des longue séquences de possession, mais très stérile - seulement 3 tirs dans le jeu sur tout le match. Le bloc Stéphanois compact, très dense dans l'axe, a bien fonctionné et le score a été préservé. La capture d'écran ci-dessous montre le bloc bas des Verts :


Un 4-1-4-1, avec beaucoup d'effort de la part des milieux axiaux et des deux excentrés (Hamouma et Tannane) qui ont du couvrir les latéraux Niçois très offensifs. Cette capture est prise lors d'une incroyable phase de possession adverse, 92% pendant 4 minutes (entre 32ème et 36ème), les Verts n'ayant presque pas touché le ballon. Sur cette image du site whoscored.com, on voit en bleu les ballons touchés par Nice (qui attaque de droite à gauche) et en orange ceux de l'ASSE pendant cette action de 4 minutes :


Possession totale, dans le camp adverse... et aucun tir, aucune dangerosité. Le match de Nice dans une image.

De la verticalité


A l'opposé du jeu de possession stérile Niçois, les Verts ont pratiqué un jeu très vertical, surtout pendant la première demi-heure. La verticalité des passes ne signifie pas forcément des contres - si les contres s'effectuent en général avec des passes verticales, on peut en pratiquer contre un bloc adverse en place. A titre d'exemple, à la 10ème minute une relance de Ruffier, via Perrin jusqu'à la pointe basse en ce moment, Dabo :


La ligne des milieux Niçois est en place, mais la passe la transperce et Bamba est trouvé entre les lignes (l'action n'aura pas une suite intéressante, Diousse perd le ballon). Cependant, si c'était si simple de traverser une ligne défensive avec une passe, tout le monde le ferait. Pour y arriver, il faut une préparation en amont et l'élément clé de cette préparation est le mouvement. Le but de la ligne des milieux qui défendent est de couper les angles de passe - pour les ouvrir il faut du mouvement, du ballon, mais surtout des joueurs.


A titre d'exemple, la toute première action offensive Stéphanoise du match :


KTC lance Janko à droite et la recrue envoie une passe dans le couloir... pas pour Tannane, l'ailier qui pique vers l'axe, mais pour Bamba, l'avant-centre qui décroche à droite. Ces deux joueurs combinent en vitesse, Bamba se retrouve dans le couloir, mais comme il est bloqué, il revient en arrière :


Il faut noter en ce moment la position du défenseur central qui a suivi Bamba, mais aussi celle de Hamouma qui s'est placé en avant-centre. Le jeu repasse par KTC jusqu'à Selnaes, qui lève la tête...


... et voit Hamouma et Bamba libres dans l'axe, entre les défenseurs centraux, trop écartés. Il y avait un décalage à gauche, mais aussi dans l'axe, et la passe verticale traverse la ligne des milieux, sauf que le contrôle de Hamouma est fait dans la mauvaise direction et le ballon est perdu.


Par contre, même pas deux minutes plus tard, une autre attaque placée des Stéphanois, avec Selnaes qui donne le ballon à KTC, qui le donne à Janko à droite :


On remarque sur l'image ci-dessus le triangle pointe-basse des Verts, avec Diousse et Dabo dans la ligne des milieux adverses, dans la moitié Niçoise. Sous le pressing adverse, le ballon est envoyé jusqu'à Ruffier, qui relance avec Perrin et RPG de l'autre côté :


Diousse descend pour offrir une solution, la ligne des milieux adverses est avancée - quant à Dabo, il est remonté en obligeant la ligne des défenseurs adverses de rester bas : un espace se crée entre les lignes (en gris clair). La passe de Diousse pour Hamouma, dans cet espace, est l'illustration type de comment Jean-Claude Suaudeau décrivait le jeu vertical : "Recherche du joueur libre ? Non. Recherche du joueur lancé ? Non. C'est recherche du joueur lancé dans un espace libéré". 

Cette merveille de passe qui traverse la ligne est accompagnée d'un incroyable jeu sans ballon :


Comme Hamouma part de son côté vers l'axe (dans l'espace libéré), Bamba décroche sur ce côté, obligeant ainsi la défense de coulisser... et laisser la place à droite pour Tannane. Par contre, dès que Hamouma a pu profiter des espaces entre les défenseurs pour lancer Tannane, Bamba repique dans l'axe et se retrouve à la réception de la passe pour l'ouverture du score.


En début du match les Verts ont vraiment fait mal aux Niçois, avec beaucoup de mouvement pour libérer des espaces et avec un jeu vertical qui a bien profité de ces déplacements. Cependant, c'est un style de jeu que les Stéphanois ne pouvaient pas maintenir longtemps, surtout en début de saison. Et Nice n'est pas une petite équipe, quand ils ont pris le contrôle du ballon, ils ont beaucoup fait tourner, ce qui a fatigué encore plus les milieux et les attaquants Verts. Et quand on court beaucoup après le ballon, dès qu'on l'a récupéré, on a un peu plus de mal à faire d'autres courses dans le vide pour créer des espaces... 

Conclusions


L'opposition de ces deux styles de jeu, verticalité pour l'ASSE, possession stérile pour Nice, est intéressante pour la suite. Il est clair que tous les match des Verts ne seront pas approchés de la même manière. Ce jeu vertical n'est pas facile à mettre en place contre tous les adversaires - quand une équipe propose un bloc compact et bas, il faut vraiment beaucoup de mouvement (joueurs et ballon) pour découper ce bloc afin de trouver de la place pour les passes entre les lignes. Autrement dit, les Verts ne pourront pas toujours jouer tactiquement comme dans ce match et parfois ils se retrouveront dans la position de Nice - et là ils devront montrer un autre visage, plus tranchant, que leurs adversaires du jour. En attendant de voir ce que le staff Stéphanois prépare pour ce genre de situation, les supporters peuvent profiter de cette belle victoire, maîtrisée tactiquement, et c'est ça le plus important.

dimanche 30 juillet 2017

Ça commence !

Les matchs de préparation sont finis et la saison officielle de l'ASSE commence dans quelques jours. A quoi peut-on s'attendre pour le premier match, la réception de Nice ?

L'intersaison a été mouvementée du côté de Saint-Etienne, avec des changements importants. Il est trop tôt pour se faire une idée claire du futur style de jeu des Verts : l'effectif bougera probablement encore avant la fin du mercato, le staff adaptera la tactique aux joueurs à sa disposition et, dans tous les cas, il faut du temps pour s'approprier un style de jeu. Cette nouvelle (?) approche tactique sera analysée au fur et à mesure que la saison avance, pour l'instant on va se contenter d'une mise-en-bouche, un petit aperçu de ce qui nous attend. 

Il n'est pas évident de tirer des conclusions à partir des matchs de préparation. Mise à part la qualité des images - quand elles existent - le rôle des matchs amicaux est de permettre au staff d'essayer plusieurs options et plusieurs joueurs, afin de se faire une meilleure idée. Rien ne garanti donc que ce qu'on a vu dans un amical sera revu régulièrement plus tard. On ne commencera donc pas les analyses tactiques de la saison avec les matchs amicaux... mais il y a quand-même un aspect intéressant à mettre en évidence, surtout dans la prisme du premier match officiel.


Des buts grâce à une récupération haute du ballon


L'ASSE a marqué 9 buts lors des 4 premiers matchs amicaux de l'intersaison, aucun lors des 2 derniers. Si on enlève de ces buts les 2 penalties et celui sur CPA, les six buts restants, marqués dans le jeu, ont tous été marqués suite à une récupération du ballon. Et si deux de ces buts (le 3ème contre Dijon et celui contre Real Sociedad) sont partis d'un ballon récupéré dans notre moitié (ce qu'on peut appeler un "contre"), les quatre autres font suite à un ballon récupéré dans la moitié adverse. Contre Nyon, Maupay presse le gardien adverse qui rate son contrôle et Hamouma profite. Contre Ajaccio, le pressing de Kenny, Lemoine, Bamba et Dabo dans le rond central permet au dernier de récupérer le ballon et de lancer Hamouma - son centre est repris acrobatiquement par Bamba. Pour le premier but contre Dijon, Dabo récupère le ballon dans la moitié adverse, il lance Beric, qui lance Bamba, qui marque. Pour le quatrième but contre Dijon, le pressing de Kenny et Pajot sur un adversaire dans sa surface permet au dernier de récupérer le ballon - son centre est repoussé dans les pieds de Janko, qui centre pour la remise de la tête de Diony.

Et ceux-ci sont seulement les buts. Les Verts se sont procuré d'autres occasions suite à une récupération haute. A titre d'exemple, en début du match contre Southampton :


Le ballon circule entre les défenseurs centraux, via Pajot - pointe basse du triangle du milieu sur cette action - et RPG le reçoit dans son couloir. Hamouma fait un appel un profondeur sur son aile...


... mais seul contre deux adversaires, enfermé dans le coin, il perd le ballon. Au lieu de reculer, les Verts restent haut et enferment le jeu dans le coin. RPG, Selnaes et Beric ont chacun un adversaire, il n'y a pas de passe simple possible. Mieux, Selnaes attaque le porteur de balle et Dabo vient prendre sa place dans le pressing.


Le porteur de balle, dos au jeu maintenant, n'a qu'une possibilité facile de passe, toujours dans le coin. Beric anticipe cette passe en retraite, alors l'adversaire essaye une passe risquée... interceptée par Dabo. Le pressing haut, déclenché dès la perte du ballon, a permis aux Verts de le récupérer de nouveau, dans une position très intéressante :


Dabo sort le ballon de la zone agglomérée en le donnant à Selnaes. Celui-ci le perd d'abord, tombant dans la surface suite à un contact avec un adversaire, mais il se bat et il le récupère quelques secondes plus tard :


Il le donne à KMP, qui était resté loin de l'action, qui lance en première intention Beric dans le dos de la défense - malheureusement la reprise acrobatique du Slovène est trop molle pour inquiéter le gardien. Ceci n'était qu'un exemple parmi d'autres vus pendant les matchs de préparation, ce qui fait penser qu'on verra souvent les Verts user de cette tactique. On ne détaillera pas ici les différentes manières de faire un pressing haut, ni les avantages ou les risques de ce style de jeu - on a toute la saison pour ces analyses. Mais ça valait le coup d'en parler, surtout vu notre prochaine opposition.

Le premier adversaire - Nice


Notre premier adversaire de la saison a connu une intersaison moins agitée que la notre - pas de changement de staff et peu des changements dans le 11-type (au moins pour l'instant, le mercato n'est pas fini). Non seulement ils ont des bases solides (et efficaces, comme l'atteste leur podium la saison dernière), mais en plus ils ont déjà commencé la saison en passant par les tours préliminaires de la Ligue des Champions. Et surtout, quand il s'agit d'une récupération haute, les Niçois maîtrisent à la fois comment en profiter mais aussi comment empêcher l'adversaire d'en faire. A titre d'exemple, le match aller contre l'Ajax Amsterdam.

Savoir profiter de la récupération haute...
32ème minute, touche pour l'Ajax assez bas dans leur moitié. Les Niçois sont en nombre (8) dans la zone :


Le ballon est renvoyé vers le coin du terrain, où le latéral est pressé par deux Niçois. Il choisit de dégager n'importe comment (le contraire de ce que le joueur de Southampton a fait dans l'exemple précédent). Et comme la présence Niçoise est importante à la retombée...


... le ballon est récupéré, le milieu de Nice profite du trou laissé dans la défense pour aller dans la surface...


... il centre et ça fait but.

... et savoir se défaire du pressing haut de l'adversaire
Même pas trois minutes plus tard, une longue phase de possession pour l'Ajax dans la moitié adverse. Nice est tellement bas que son avant-centre se trouve à pas plus de 40m de son propre but, les deux centraux ayant passé la ligne médiane :


Le ballon est passé latéralement et une des passes est interceptée, elle rebondit jusqu'à l'avant-centre...


... qui joue en retrait avec le gardien - son équipe étant très bas, il faut laisser le temps au bloc de remonter. Le jeu est envoyé sur le côté gauche Niçois, mais Ajax est resté haut, cherchant à récupérer le ballon - leurs défenseurs sont à peine quelques mètres dans leur propre moitié :


Le pressing haut d'Ajax a failli fonctionner, le côté gauche de Nice a du mal, mais ils arrivent à se défaire du pressing...


... en éloignant vite le ballon de la zone agglomérée par Ajax.


Sur l'image ci-dessus on voit bien que toute l'équipe d'Ajax est serrée dans une partie du terrain - pour récupérer le ballon il faut être nombreux. Le problème est que si l'adversaire le sort vite vers une autre partie du terrain, le décalage est déjà fait.


L'action continue presque pareil, combinaison à 3 et joueur lancé dans le couloir droit de Nice, qui s'est remarquablement défait du pressing haut adverse - non seulement ils n'ont pas perdu la balle, mais ils ont su profiter du déséquilibre créé par le pressing.

Conclusions


Le premier match de la saison, à domicile en plus, ne sera pas facile. Une équipe maître de son style de jeu, ayant déjà monté en puissance lors des matchs européens, contre une équipe en pleine reconstruction, qui ne maîtrise pas encore ses gammes. Ce n'est pas pour gagner CE match qu'Oscar a été choisi et il aura évidemment besoin de temps pour transformer l'équipe comme il (on) le souhaite - sans parler de la transformation "cachée" du club dans son ensemble. Si on gagne, il ne faudra pas s'enflammer, si on perd, ça ne sera pas la fin du monde. Il faudra avoir de la patience, c'est un travail de plusieurs mois qui commence à peine et ce premier match nous servira plutôt à jauger le chemin qui nous reste à parcourir.